01Une géographie inversée par les idées reçues
« Tschüss » (également orthographié « tschüs » — le Duden admet les deux graphies) est la formule d'adieu familière la plus répandue d'Allemagne. Contrairement à une présentation répandue — que reprenait la première version de cette fiche —, ce n'est pas un mot bavarois emprunté au « ciao » italien : la lexicographie est unanime. Le Duden le dérive du bas-allemand : « älter: atschüs, Nebenform von niederdeutsch adjüs, wohl < spanisch adiós < lateinisch ad deum » — une forme septentrionale, rattachée avec prudence (« wohl », « vielleicht » chez Pfeifer) à l'espagnol adiós ou au français adieu, in fine au latin ad Deum (« à Dieu »). Le dictionnaire étymologique de Pfeifer (DWDS) date les formes en -s (adjes, adjüs, atschüs) du XVIIIe siècle et précise qu'elles se diffusent « über die norddeutschen Hafenstädte » — par les villes portuaires du nord de l'Allemagne. Le mot issu de l'italien ciao existe bel et bien, mais c'est « tschau » — un adieu distinct, que le stub avait fusionné avec tschüss. Quant au sud bavaro-autrichien, ses adieux traditionnels sont « Servus » (du latin servus, « (je suis) votre serviteur », emprunt du XVIIe siècle) et « pfiat di » (de « behüt dich Gott », « que Dieu te garde »), avec « auf Wiederschauen » en registre régional.
02Le malentendu de registre
Le Duden classe tschüs(s) comme « umgangssprachlich » — familier —, employé « besonders unter Verwandten und guten Bekannten » (surtout entre parents et bonnes connaissances). Dire « Tschüss » à un client, à un supérieur hiérarchique ou à un inconnu d'un certain âge peut donc paraître désinvolte ; inversement, un « Auf Wiedersehen » entre amis proches sonne distant ou ironique. Le vrai clivage est donc d'abord un clivage de registre — proximité contre formalité —, sur lequel se superpose une sensibilité régionale réelle mais inverse de celle qu'imaginait le stub : c'est en Bavière que tschüss (comme le salut « Hallo ») peut passer pour un import nordique trop familier. Au téléphone comme à la radio, l'adieu consacré est « auf Wiederhören » (« au ré-entendre », DWDS).
03Genèse : la famille européenne de l'« à-Dieu »
L'histoire documentée est celle de la famille adieu/adiós : l'ancien français « a dieu » (latin ad Deum, « je te recommande à Dieu ») donne la forme courte adé, reprise en moyen-haut-allemand adē ; le français « adieu » est réemprunté au début du XVIIe siècle ; les formes à -s final (adjes, adjüs, atschüs) apparaissent au XVIIIe siècle et se répandent par les ports du nord (Pfeifer, DWDS). Pfeifer note aussi que l'usage d'« adieu » recule fortement en allemand à l'époque de la Première Guerre mondiale. « Auf Wiedersehen » est construit sur « bis auf ein Wiedersehen » (« jusqu'à un revoir ») et est « probablement un calque du français au revoir » (Wiktionnaire anglophone) — aucune datation précise n'est assertée par les sources consultées. La géographie des salutations d'accueil suit la même ligne nord-sud : l'Atlas zur deutschen Alltagssprache (Elspaß et Möller) documente « Moin » au nord, « Grüß Gott » comme formule la plus fréquente au sud et la diffusion de « Hallo » depuis les années 1970 ; ses cartes des adieux (ronde 10) existent, mais leur commentaire analytique n'était pas encore publié à la date de l'audit.
04L'incident documenté : Passau, février 2012
Couverte par la presse les 5 et 6 février 2012, la Mittelschule St. Nikola de Passau (Bavière) s'est déclarée « Hallo- und Tschüss-freie Zone » : « Wir bemühen uns, ohne diese beiden Grußformeln in unserem Haus auszukommen », annonce l'affiche de l'école, qui ajoute : « Über ein 'Grüß Gott' und ein freundliches 'Auf Wiedersehen' freuen wir uns jedoch jederzeit. » La directrice Petra Seibert (« Aber in Bayern heißt es nun mal 'Grüß Gott' » ; « Was früher selbstverständlich war, ist heute problematisch ») invoque la préparation des élèves à l'embauche ; le porte-parole du ministère bavarois de l'éducation Ludwig Unger y voit « un signal positif d'estime » à ne pas « ériger en dogme » ; le président de la Landesschülervereinigung (représentation lycéenne) Martin Zelenka, « un pas de plus vers l'aliénation entre professeurs et élèves ». L'épisode, couvert nationalement (Abendzeitung, Tagesspiegel), documente le statut de tschüss en Bavière : formule perçue comme nordique et trop familière — à l'exact opposé du « tschüss bavarois » du stub.
05Recommandations pratiques
À faire :
- Caler son registre sur l'interlocuteur : « Auf Wiedersehen » avec un client, un supérieur ou un inconnu ; « Tschüss » entre collègues proches, amis et famille.
- Dans le sud, réutiliser les formules locales entendues : « Servus », « pfiat di », « auf Wiederschauen ».
- Au téléphone (et à la radio) : « auf Wiederhören ».
À éviter :
- Présenter tschüss comme « bavarois » ou dérivé de l'italien ciao (doublement faux : bas-allemand, famille adiós/adieu).
- Clore un rendez-vous professionnel formel par « Tschüss » avec un interlocuteur qui vous vouvoie.
- Juger le registre de l'autre : les deux formules sont valides, leur choix signale la relation.
Geography of misunderstanding
Neutral
- germany
- austria
Documented incidents
- 2012 — Couverte par la presse les 5 et 6 février 2012, l'école se déclare « Hallo- und Tschüss-freie Zone » et invite élèves et visiteurs à préférer « Grüß Gott » et « Auf Wiedersehen ». La directrice Petra Seibert : « Aber in Bayern heißt es nun mal 'Grüß Gott'. » Le ministère salue le signal sans en faire un dogme ; le représentant des élèves critique la mesure. L'épisode documente la perception bavaroise de tschüss comme formule nordique trop familière. (Abendzeitung München, « Schule in Passau: 'Hallo' und 'Tschüss' verboten », 05-02-2012 ; Der Tagesspiegel, « Schule als Hallo- und Tschüss-freie Zone », 06-02-2012.)
Practical recommendations
To do
- Calez votre registre sur l'interlocuteur : « Auf Wiedersehen » (client, supérieur, inconnu), « Tschüss » (proches, collègues familiers).
- Dans le sud, reprenez les formules locales : « Servus », « pfiat di », « auf Wiederschauen ».
- Au téléphone, dites « auf Wiederhören ».
Avoid
- Ne présentez pas tschüss comme un mot bavarois ni comme un dérivé de « ciao » (bas-allemand, famille adiós/adieu).
- Ne clôturez pas un rendez-vous formel par « Tschüss » avec un interlocuteur qui vous vouvoie.
- Ne jugez pas le registre de l'autre : les deux formules sont valides.
Neutral alternatives
- « Servus » (sud de l'Allemagne, Autriche — salut ET adieu, du latin servus « votre serviteur »).
- « Pfiat di » (Bavière/Autriche, de « behüt dich Gott » — « que Dieu te garde »).
- « Auf Wiederschauen » (variante régionale formelle, Autriche/Bavière) ; « auf Wiederhören » au téléphone et à la radio.
- « Tschau » (← italien ciao — l'adieu réellement issu de l'italien, distinct de tschüss).