01Le vêtement et sa signification
Le hijab, au sens courant contemporain, désigne le foulard que portent de nombreuses musulmanes pour couvrir leurs cheveux et leur cou, le visage restant découvert. Il se distingue du niqab (voile laissant paraître les yeux), de la burqa (couverture intégrale grillagée, associée à l'Afghanistan) et du tchador (grand voile drapé iranien). Pour celles qui le portent librement, il exprime la pudeur (haya), une identité et une piété personnelle — souvent un choix revendiqué, non une contrainte subie. L'anthropologue Fadwa El Guindi a montré (Veil: Modesty, Privacy and Resistance, 1999) que le voile ne se réduit pas à la seule pudeur : il engage aussi l'espace, l'intimité et la construction de soi.
02Où ça dérape : un malentendu à double sens
Le malentendu occidental le plus répandu lit tout hijab comme un signe d'oppression ou un symbole politique, réflexe accentué après le 11 septembre 2001. Cette lecture efface l'intention des femmes qui le choisissent et alimente des discriminations concrètes, y compris à l'embauche. Mais l'erreur symétrique existe : présenter le hijab comme toujours un libre choix efface la coercition étatique là où il est imposé par la loi, et où des femmes le refusent au péril de leur vie. La position juste n'est ni « voile = soumission » ni « voile = émancipation garantie » : le sens du vêtement dépend entièrement de savoir s'il est librement porté, imposé par l'État ou interdit.
03Le mot « hijab » : un contresens fréquent
Contre-intuitivement, le mot hijab (حجاب) n'est pas, dans le Coran, le nom du foulard. Il y renvoie à une cloison, un rideau, une séparation — notamment le « verset du hijab » (33:53), qui prescrit de s'adresser aux épouses du Prophète « derrière un rideau ». Les termes coraniques qui visent le vêtement féminin sont khimar (خمار, sourate 24:31 : rabattre le voile « sur les poitrines ») et jilbab (جلباب, sourate 33:59 : manteau ample « ramené sur soi »). Le sens moderne « hijab = foulard » est une évolution récente, popularisée par le renouveau islamique des années 1980-1990 (El Guindi). L'étendue exacte de la couverture prescrite — cheveux seuls, ou visage et mains aussi — est débattue entre les quatre écoles juridiques sunnites (hanafite, malikite, chaféite, hanbalite) et la jurisprudence chiite.
04Géographie juridique : imposé, libre, interdit
Le hijab n'a pas le même statut selon les pays. Il est imposé par l'État dans très peu d'endroits : l'Iran (obligatoire pour toutes les femmes — musulmanes, non-musulmanes, étrangères — depuis avril 1983, sous peine de sanctions appliquées par la police des mœurs, le Gasht-e Ershad), l'Afghanistan (décret taliban du 7 mai 2022 imposant burqa ou niqab) et la province indonésienne d'Aceh (droit local d'inspiration charia). Il est interdit ou restreint ailleurs : en France, la loi du 15 mars 2004 bannit les signes religieux ostensibles à l'école publique (le foulard inclus), et celle du 11 octobre 2010 interdit la dissimulation du visage dans l'espace public (niqab et burqa, non le simple foulard) ; en 2016, plusieurs arrêtés municipaux « anti-burkini » ont été suspendus par le Conseil d'État (Villeneuve-Loubet, 26 août 2016). La Turquie l'a longtemps proscrit dans les institutions publiques (levée progressive vers 2013), tout comme la Tunisie ou le Kosovo. Dans la grande majorité des pays musulmans, il est librement porté, sans obligation ni interdiction légale.
05Recommandations pratiques
Ne présumez pas qu'une femme voilée est opprimée et ne commentez pas son vêtement : c'est de la condescendance. Ne présumez pas non plus l'inverse — le « libre choix » n'est pas universel là où l'État l'impose. En pays à hijab obligatoire (l'Iran notamment), une visiteuse étrangère doit couvrir ses cheveux en public : c'est une obligation légale, pas une simple courtoisie. Distinguez toujours le foulard (le hijab) des couvertures intégrales (niqab, burqa) que visent la plupart des lois restrictives occidentales.
Geographie des Missverständnisses
Offensiv
- egypt
- saudi-arabia
- uae
- qatar
- iran
- iraq
- afghanistan
- pakistan
- bangladesh
- indonesia
- malaysia
Neutral
- france
- united-kingdom
- germany
- united-states
Nicht dokumentiert
- peuples-autochtones
Dokumentierte Vorfälle
- 2015 — Le 1er juin 2015, la Cour suprême des États-Unis tranche 8 voix contre 1 (arrêt EEOC v. Abercrombie & Fitch) en faveur de Samantha Elauf, candidate refusée à l'embauche en 2008 parce que son foulard contrevenait au « look policy » du magasin : une discrimination religieuse prohibée par le Title VII du Civil Rights Act. (EEOC v. Abercrombie & Fitch Stores, Inc., 575 U.S. 768 (2015))
- 2022 — Le 16 septembre 2022, Mahsa (Jina) Amini, 22 ans, meurt après son arrestation par la police des mœurs iranienne pour un hijab jugé « non conforme ». Sa mort déclenche le mouvement « Femme, Vie, Liberté » ; une mission d'enquête de l'ONU conclura à la responsabilité de l'Iran. (Death of Mahsa Amini (Human Rights Watch ; mission d'enquête de l'ONU sur l'Iran, 2022))
Praktische Empfehlungen
Zu tun
- Respecter le choix d'une femme de porter ou non le hijab.
- En pays à hijab obligatoire (l'Iran), une visiteuse étrangère couvre ses cheveux en public : c'est une obligation légale.
- Distinguer le foulard (hijab) des couvertures intégrales (niqab, burqa).
Zu vermeiden
- Ne pas présumer l'oppression ni commenter le vêtement d'une femme voilée.
- Ne pas présumer non plus un « libre choix » universel : l'État l'impose en Iran et en Afghanistan.
- Ne pas confondre hijab (foulard), niqab (voile du visage) et burqa (couverture intégrale).