01Kippah et yarmulke : un même objet, deux langues
La kippah (mot hébreu, כיפה, littéralement « dôme ») et le yarmulke (mot yiddish, emprunté au polonais jarmułka, « calotte ») désignent le même petit couvre-chef rond posé sur le sommet du crâne. « Kippah » domine dans l'usage israélien et hébraïque moderne, « yarmulke » dans le monde ashkénaze et yiddishophone. L'étymologie populaire qui rattache yarmulke à l'araméen yarei malka (« crainte du Roi », c'est-à-dire de Dieu) est séduisante mais sans fondement linguistique.
02Une coutume, non un commandement de la Torah
Se couvrir la tête n'est pas, pour l'homme juif, un commandement de la Torah : c'est une coutume (minhag) née d'une pratique de piété de quelques sages (middat hassidout), devenue peu à peu contraignante par l'usage et l'autorité rabbinique. Le Talmud (Kiddouchin 31a) rapporte que Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, ne marchait pas quatre coudées la tête découverte, disant : « la Présence divine est au-dessus de ma tête » ; un autre passage (Chabbat 156b) associe le couvre-chef à la crainte du Ciel. Le Choulhan Aroukh distingue la coutume générale de ne pas aller tête nue (Orah Hayim 2:6) de l'obligation de se couvrir pour prononcer le Nom divin et prier (Orah Hayim 91:3 et 206:3).
03Un port variable selon les courants
Le port de la kippah varie fortement. Les orthodoxes la portent en permanence ; les juifs conservateurs (massorti) surtout à la synagogue et pendant la prière ; les réformés et libéraux de manière optionnelle — le judaïsme réformé du XIXe siècle l'a même découragée, avant un retour progressif depuis les années 1970. Des femmes, principalement dans les courants réformé, reconstructionniste et renouveau, la portent depuis les années 1970 comme geste d'égalité, alors que la coutume ne le leur impose pas.
04Le style dit l'appartenance
Le modèle de kippah signale souvent le courant religieux. Selon une enquête du Pew Research Center (2016) sur les hommes juifs israéliens, la grande kippah noire en tissu est majoritairement portée par les haredim (ultra-orthodoxes) ; la kippah crochetée noire par les massorti (traditionnels) ; la kippah tricotée colorée (kippa srouga) caractérise les sionistes-religieux (dati leumi) et les orthodoxes modernes ; l'absence de couvre-chef correspond surtout aux hilonim (séculiers). En règle générale, plus la kippah est grande et sombre, plus le porteur est proche du monde haredi.
05Étiquette pour les visiteurs
À la synagogue et dans un cimetière juif, tout homme — juif ou non — se couvre la tête ; les lieux fournissent des kippot aux visiteurs, et en porter une comme invité non-juif est un signe de respect, non une obligation. Ne supposez pas que tout Juif en porte une au quotidien : les réformés et les séculiers, souvent, n'en portent pas hors contexte religieux. Enfin, la kippah rend son porteur visiblement identifiable : dans certains contextes, cette visibilité l'expose à l'antisémitisme — en 2019, le commissaire allemand à l'antisémitisme conseillait publiquement de ne pas la porter « partout, tout le temps ».
Geographie des Missverständnisses
Offensiv
- israel
- united-states
- france
- united-kingdom
Nicht dokumentiert
- peuples-autochtones
Dokumentierte Vorfälle
- 2019 — Le 25 mai 2019, Felix Klein, commissaire du gouvernement allemand à la lutte contre l'antisémitisme, déclare qu'il ne peut « pas conseiller aux Juifs de porter la kippah partout, tout le temps, en Allemagne », invoquant la hausse des agressions antisémites. Le propos, perçu comme une capitulation, suscite une vive controverse et des appels à porter la kippah par solidarité. (Interview au groupe de presse Funke, 25 mai 2019 (The Local, France 24, CNN))
Praktische Empfehlungen
Zu tun
- À la synagogue ou dans un cimetière juif, couvrez-vous la tête : une kippah est fournie sur place.
- En porter une comme invité non-juif est un signe de respect apprécié, non une obligation.
- Dans le doute sur le contexte, demandez à votre hôte juif si le port est attendu.
Zu vermeiden
- Ne refusez pas de porter la kippah fournie à la synagogue : c'est perçu comme un manque de respect.
- Ne supposez pas que tout Juif en porte une au quotidien : réformés et séculiers, souvent, n'en portent pas hors du culte.
- Ne confondez pas le style (velours noir haredi, kippa crochetée colorée sioniste-religieuse) avec un simple choix esthétique : il signale une appartenance.
Neutrale Alternativen
- En contexte formel, un chapeau ou une autre coiffe couvrant la tête peut remplir la même fonction de couverture.
- Hors d'un lieu de culte, d'autres marques de respect (tenue soignée, attitude) suffisent.