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Codex MundiTable & foodGeorgian supra and tamada
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Georgian supra and tamada

Georgian supra: tamada imposes the order of the toasts, an untouchable hierarchical structure.

✓ Target directionThe Georgian supra (table) imposes a tamada (master of ceremonies) who cadences long, poetic, hierarchical toasts.
⚠ Interpreted meaningA stranger who tries to propose a toast outside the order established by the tamada disrupts the sacred structure of the meal.

01Le geste et sa signification attendue

La supra (სუფრა — littéralement « nappe », emprunt au persan sofre) est le banquet géorgien, cœur de la sociabilité nationale ; on distingue la supra festive (keipi) de la supra funéraire (kelekhi). Toute supra a son tamada (თამადა), le maître des toasts : lui seul introduit les toasts (sadghegrdzelo, littéralement « pour longue vie »), auxquels la tablée répond « gaumarjos ! » (გაუმარჯოს, « victoire à... »). Boire du vin en dehors des toasts est contraire à la tradition : le vin se boit dans le cadre rituel, le service revenant au merikipe (მერიქიფე), l'échanson. Le tamada est choisi pour son éloquence, sa connaissance des convives et sa capacité à tenir l'alcool sans jamais paraître ivre ; les sources géorgiennes le décrivent comme un guide de la tablée plus que comme un « autocrate » — l'image, mi-sérieuse, donne son titre à l'étude de Kevin Tuite, « The Autocrat of the Banquet Table » (2010).

02Où ça dérape : géographie du malentendu

Deux transgressions classiques de l'étranger : porter un toast de sa propre initiative, sans y avoir été invité par le tamada — une offense au maître des toasts — et boire son vin hors des toasts. Le troisième piège est linguistique : « alaverdi » (ალავერდი, du turc allah verdi, « Dieu a donné ») n'est pas une bénédiction reprise en chœur ; c'est le passage de parole — le tamada désigne un convive, qui doit reprendre le thème du toast en cours et le développer avant d'y ajouter le sien. L'ordre des toasts n'est pas universel : en Gourie, le premier toast va à la paix ; en Kakhétie, aux icônes et aux sanctuaires ; en Karthlie, à Dieu ; les thèmes récurrents (Dieu, la patrie, les parents, les ancêtres et les défunts, les femmes, les enfants) se déclinent selon les régions et les occasions — un hôte étranger se voit souvent honoré d'un toast à l'amitié. La supra traditionnelle est aussi une affaire d'hommes : le rôle de tamada reste très majoritairement masculin, la recherche décrivant la place féminine comme une présence passive dans un événement dominé par les hommes (Curro, 2020, « 'Supra Is Not for Women' ») — un point aujourd'hui discuté en Géorgie.

03Genèse : récit national contre consensus académique

Le récit national fait remonter le tamada à l'Antiquité : une statuette de bronze figurant un convive levant une corne à boire, trouvée à Vani (ancienne Colchide) et datée du VIIe siècle av. J.-C., conservée au Musée national géorgien, est populairement baptisée « tamada » — et la Géorgie porte bien les plus anciennes traces connues de vin de raisin (résidus d'environ 6000 av. J.-C. à Gadachrili Gora et Shulaveris Gora ; McGovern et al., PNAS, 2017). Mais huit mille ans de vin ne datent pas la supra. Le consensus académique situe l'institution au XIXe siècle : le mot tamada — un emprunt au circassien — et son synonyme t'olumbashi (d'origine turque) n'apparaissent pas dans les sources écrites avant le XIXe siècle ; la pratique du maître des toasts est absente de la littérature géorgienne médiévale ; et le mot sadghegrdzelo est attesté au XIXe siècle — l'ode « Sadghegrdzelo » de Grigol Orbeliani, composée dans sa version originale en 1827 à l'occasion de la bataille d'Erevan et retravaillée jusqu'en 1879, non sans influence du poète russe Joukovski (Bregadze). Kevin Tuite (2010) enracine la supra moderne dans les décennies qui suivent l'annexion russe de 1801 ; Florian Mühlfried (2006) y voit un exemple de « tradition inventée », devenue sous les Soviets puis depuis l'indépendance (1991) un conservatoire d'identité nationale. L'étymologie populaire tavi (« tête ») + magida (« table ») est, elle, fausse.

04Incidents et repères documentés

En 1947, John Steinbeck et le photographe Robert Capa, en tournée soviétique (31 juillet - mi-septembre), découvrent la supra en Géorgie : A Russian Journal (Viking, 1948) raconte les banquets de Tbilissi et de Batoumi, un premier toast-fleuve traduit du géorgien au russe puis à l'anglais, et conclut que dans ces « formidables Géorgiens », les deux Américains avaient trouvé plus forts qu'eux — « ils pouvaient nous surpasser à manger, à boire, à danser, à chanter » (trad.). En décembre 2013, l'UNESCO inscrit la méthode géorgienne de vinification en qvevri sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité ; en 2017, la supra elle-même est inscrite sur la liste nationale géorgienne du patrimoine immatériel — nationale, et non à l'UNESCO, contrairement à ce qui circule : les éléments géorgiens inscrits à l'UNESCO sont la polyphonie (2008), le qvevri (2013), l'alphabet (2016), la lutte chidaoba (2018) et la culture du blé (2025).

05Recommandations pratiques

Geography of misunderstanding

Offensive

  • georgia

Documented incidents

Practical recommendations

To do

  • Attendre l'invitation du tamada avant tout toast ; s'il vous passe la parole par « alaverdi », reprendre brièvement son thème avant d'y ajouter le vôtre.
  • Boire le vin dans le cadre des toasts et répondre « gaumarjos » à la tablée.
  • Qui ne boit pas d'alcool en parle au tamada dès le début du repas.

Avoid

  • Ne jamais porter de toast de sa propre initiative sans l'accord du tamada — c'est une offense au maître des toasts.
  • Ne pas boire son vin en dehors des toasts pendant une supra traditionnelle.
  • Ne pas interrompre ni concurrencer le tamada pendant qu'il parle.

Neutral alternatives

Sources · 10

AcademicTuite, Kevin (2010). « The Autocrat of the Banquet Table: the political and social significance of the Georgian supra ». In Language, History and Cultural Identities in the Caucasus (colloque de Malmö, 17-19 juin 2005), Caucasus Studies 2, Malmö University, pp. 9-35.
AcademicMühlfried, Florian (2006). Postsowjetische Feiern. Das Georgische Bankett im Wandel. Stuttgart : ibidem-Verlag (Soviet and Post-Soviet Politics and Society, 34) — la supra moderne comme « tradition inventée » du XIXe siècle.
AcademicManning, Paul (2012). Semiotics of Drink and Drinking. Londres : Continuum (Continuum Advances in Semiotics) — analyse sémiotique de la supra et du tamada.
AcademicCurro, Costanza (2020). « 'Supra Is Not for Women': Hospitality Practices as a Lens on Gender and Social Change in Georgia ». In Ulrike Ziemer (dir.), Women's Everyday Lives in War and Peace in the South Caucasus. Palgrave Macmillan. doi:10.1007/978-3-030-25517-6_3. —
AcademicMcGovern, P. et al. (2017). « Early Neolithic wine of Georgia in the South Caucasus ». PNAS (en ligne le 13 novembre 2017). doi:10.1073/pnas.1714728114 — plus anciennes traces connues de vin de raisin (~6000 av. J.-C., Gadachrili Gora / Shulaveris Gora). —
PrimaryUNESCO, patrimoine culturel immatériel : fiche « Ancient Georgian traditional Qvevri wine-making method » (inscription 2013). —
PrimaryUNESCO, patrimoine culturel immatériel, page État « Georgia » — les cinq éléments géorgiens inscrits (polyphonie 2008, qvevri 2013, alphabet 2016, chidaoba 2018, blé 2025) ; la supra n'y figure pas. —
PrimarySteinbeck, John (1948). A Russian Journal (photographies de Robert Capa). New York : Viking Press — chapitres géorgiens (Tbilissi, Batoumi), banquets et toasts.
PressThe Spectator, « The art of Georgian toasting », mars 2023 — l'art du toast géorgien et la supra pour un lectorat occidental. —
ReferenceWikipédia (en), « Supra (feast) » et « Tamada » — synthèses sourcées (Tuite, Bregadze) : keipi/kelekhi, datation XIXe, étymologie circassienne de tamada, inscription nationale 2017. —