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Codex MundiSymboles, chiffres, couleurs, animauxLe croissant (pris à tort pour un symbole religieux ancien de l'islam)
e0357Symboles, chiffres, couleurs, animaux · symboles

Le croissant (pris à tort pour un symbole religieux ancien de l'islam)

Le croissant est communément pris pour un symbole religieux ancien de l'islam, équivalent de la croix -- alors qu'il n'a aucune base coranique et n'est devenu un emblème d'État ottoman qu'en 1757, réinterprété comme symbole religieux seulement au XXe siècle. Certains juristes musulmans rejettent même sa légitimité religieuse.

✓ Sens viséMotif décoratif et astronomique antique, devenu emblème d'État ottoman en 1757 (étoile ajoutée en 1793, fixé en 1844) -- sans base coranique comme symbole identitaire.
⚠ Sens interprétéQue le croissant serait un symbole religieux de l'islam ancien et consensuel, équivalent de la croix chrétienne -- lecture que rejettent explicitement certains juristes musulmans eux-mêmes.

01Le malentendu : un symbole pris pour ancien et religieux

En Occident — et par une partie des musulmans eux-mêmes — le croissant de lune est communément perçu comme LE symbole religieux de l'islam, l'équivalent de la croix pour le christianisme : ancien, scripturaire, consensuel. C'est une méprise à deux niveaux. D'une part, le croissant n'a aucune base coranique comme emblème identitaire : le Coran mentionne la nouvelle lune comme repère calendaire (pour fixer les mois lunaires), jamais comme symbole religieux à arborer. D'autre part, son association à « l'islam » comme religion plutôt qu'à un État ou une dynastie précise est un phénomène récent, du XXe siècle. Certains juristes musulmans contemporains rejettent d'ailleurs explicitement sa légitimité religieuse : une fatwa largement diffusée (IslamQA n°4045, citant le cheikh Ibn 'Uthaymîn) rappelle que le croissant fut à l'origine « un symbole placé sur des tombes faisant l'objet d'un culte » et conclut : « le fait que les musulmans n'aient pas de symbole est en lui-même un symbole ».

02Genèse antique : un motif bien antérieur à l'islam

Le croissant est utilisé indépendamment par plusieurs civilisations antiques : emblème de la cité de Byzance avant même sa fondation comme Constantinople, associé à des cultes lunaires sassanides, à la déesse carthaginoise Tanit. Sa présence sur des étendards du monde islamique est attestée dès le XIIIe siècle, mais reste un motif décoratif parmi d'autres — et les chrétiens latins d'Orient l'utilisaient eux-mêmes sur leurs propres monnaies dès le XIIe siècle (comté croisé de Tripoli), avant que des armées musulmanes n'en généralisent l'usage sur leurs drapeaux.

03De l'emblème ottoman au symbole religieux supposé

Ce n'est que sous le règne du sultan ottoman Mustafa III (1757-1774) que le croissant devient un emblème d'État officiel ; une étoile lui est ajoutée par décret naval en 1793, puis fixée par les réformes des Tanzimat sur le drapeau national ottoman en 1844. Sa réinterprétation comme symbole de l'islam en tant que religion — au-delà d'un État ou d'une dynastie précise — ne s'impose largement que dans la première moitié du XXe siècle, notamment à mesure que de nouveaux États à majorité musulmane l'adoptent sur leur propre drapeau national après leur indépendance.

04Deux incidents réels, dans des sens opposés

Le mémorial du vol 93 (attentats du 11 septembre 2001) illustre le malentendu occidental : le projet initial de l'architecte Paul Murdoch, retenu le 7 septembre 2005 et intitulé « Crescent of Embrace », a été contesté par plusieurs responsables politiques et par le père d'un passager, qui y voyaient la reprise d'« un ancien symbole islamique » sur le site d'un attentat perpétré par des islamistes — le projet a été redessiné en « Circle of Embrace », dont la première phase a été inaugurée le 10 septembre 2011. À l'inverse, le Croissant-Rouge documente un rejet symbolique venu du monde musulman : en 1876-1878, l'Empire ottoman a substitué le croissant à la croix rouge dans son service médical militaire, la croix étant jugée offensante pour ses soldats musulmans ; le Comité international de la Croix-Rouge n'a reconnu cet emblème qu'en 1929, après un demi-siècle de friction institutionnelle. Ces deux cas documentent un malentendu réel et récurrent autour du croissant — mais ni l'un ni l'autre ne portent sur une peur intemporelle et diffuse de « l'Occident » envers l'islam remontant au Moyen Âge, contrairement à ce qu'affirmait la version précédente de cette fiche.

05Recommandations pratiques

Géographie du malentendu

Neutre

  • egypt
  • qatar
  • uae
  • turkey
  • pakistan
  • indonesia
  • malaysia

Non documenté

  • peuples-autochtones

Origine historique

Motif antique multi-origines (Byzance, cultes lunaires sassanides, deesse carthaginoise Tanit), attesté sur des étendards du monde islamique dès le XIIIe s. mais aussi sur des monnaies croisées du XIIe s. (comté de Tripoli) -- pas un emblème religieux exclusif à l'islam. Emblème d'État ottoman officiel sous Mustafa III (1757-1774), étoile ajoutée par décret naval en 1793, fixé par les Tanzimat en 1844. Réinterprétation comme symbole de l'islam en tant que religion seulement au XXe siècle.

Incidents documentés

Recommandations pratiques

À faire

  • Présenter le croissant comme un symbole d'histoire politique tardive, pas comme un attribut religieux ancien et univoque de l'islam.

À éviter

  • Ne pas confondre un symbole architectural (minaret) et le croissant graphique -- deux objets distincts. Ne pas présenter le croissant comme un consensus religieux musulman incontesté.

Alternatives neutres

Sources · 5

RéférenceStar and crescent
RéférenceFlags of the Ottoman Empire
RéférenceFlight 93 National Memorial
RéférenceThe Emblem of the Red Cross: A Brief History
RéférenceIslamic groups adopting a banner or symbol, and the ruling on using the crescent as a symbol

Fiches liées