La bise de salutation francaise
Salutation par effleurements de joues : de 1 a 4 bises selon le departement, avec ambiguite sur le nombre et la joue de depart.
Signification
Sens visé : Salutation affective signifiant appartenance au cercle proche. Neutre entre femmes et mixte ; entre hommes, reserve aux proches ou aux contextes meridionaux.
Sens interprété : Les visiteurs non europeens interpretent souvent la bise comme un geste romantique. Les Anglo-Saxons substituent une accolade (hug), percue par les Francais comme plus intrusive. Le nombre de bises (2, 3 ou 4) cree des malentendus meme entre Francais de regions differentes.
Géographie du malentendu
Neutre
- france
- belgium
- luxembourg
- switzerland
- netherlands
- spain
- italy
- portugal
- brazil
- argentina
- mexico
- colombia
- chile
- peru
Non documenté
- indigenous-peoples
- east-asia
- sub-saharan-africa
- south-asia
1. Le geste et sa signification attendue
La bise est une salutation par effleurements de joues -- les levres touchent l'air pres de la joue de l'autre, ou tout au plus effleurent la peau -- accompagnee d'un son de baiser. Elle s'effectue en inclinant legerement la tete, generalement en commencant par la joue droite dans la majeure partie de la France (gauche dans certaines zones du Midi). La bise n'implique aucun contact labial direct : c'est un geste de chaleur sociale, non un baiser romantique.
Son usage varie selon le genre et la relation : entre femmes et dans les paires homme-femme, la bise est quasi systematique entre personnes se connaissant. Entre hommes, elle reste reservee aux amis proches et aux contextes meridionaux ; dans les milieux professionnels ou formels du nord, la poignee de main reste la norme masculine.
2. Ou ca derape
Le principal malentendu interculturel est la confusion romantique : les visiteurs nord-americains, japonais ou d'Asie du Sud-Est interpretent parfois la bise comme un geste d'intimite amoureuse. Cette lecture erronee est favorisee par l'absence de ce geste dans leur propre repertoire de salutations amicales.
Deuxieme friction : les Anglo-Saxons substituent souvent une accolade (hug) en croyant offrir quelque chose d'equivalent. Les Francais percoivent l'accolade comme plus intime et corpo-rellement envahissante que la bise, ce qui produit l'effet inverse de celui recherche.
Troisieme source de confusion : le nombre de bises. Le chiffre varie de 1 a 4 selon le departement. Deux bises predominent au sud de la ligne Bordeaux-Nancy. Trois bises caracterisent la Provence. Quatre bises sont de rigueur dans une large zone nord-est (Normandie jusqu'a la frontiere belge, environ 22 departements). Un seul baiser se pratique dans deux departements isoles : le Finistere et les Deux-Sevres. Meme entre Francais, la confusion sur le nombre est source de moments maladroits -- l'un s'arrete apres deux bises alors que l'autre en attend une troisieme.
3. Genese historique
(a) Attestation documentee : Le mot francais bise derive du latin basium, employe par Catulle (Ier s. av. J.-C.) pour un baiser de politesse distinct du baiser erotique (suavium). Au Moyen Age, le baiser sur la joue symbolisait la fidelite feodale : vassaux et chevaliers baisaient leur seigneur en signe d'allegiance. La Peste noire (1347-1352) provoque une interruption documentee : la peur de la contagion par contact physique reduit massivement les salutations contact, au profit de la reverence et du geste de la main. La bise renaitra progressivement a partir du XVIIe-XVIIIe siecle dans les milieux bourgeois et aristocratiques, mais reste alors confinee aux cercles elitaires.
(b) Tradition orale / hypotheses historiographiques : Certaines sources evoquent le role de la cour capetienne des XIVe-XVe siecles dans la formalisation du geste comme protocole de cour. L'accroissement post-Revolution d'une culture d'egalite sociale aurait favorise la diffusion vers les classes populaires, mais ces liens restent des hypotheses historiographiques non etayees par des sources primaires.
(c) Generalisation contemporaine : Les sources convergent pour situer la generalisation de la bise comme pratique quotidienne en France a partir des annees 1970 -- dans la suite du mouvement de Mai 68, qui assouplit les conventions sociales et favorise la familiarite physique entre personnes du meme horizon. La bise devient alors courante dans tous les milieux sociaux, y compris professionnels. La pandemiee de COVID-19 (mars 2020) provoque une seconde interruption radicale : 91 % des Francais pratiquaient la bise avant le premier confinement ; ce chiffre tombe a 39 % en mars 2021 (sondage Ifop). En octobre 2021, 65 % avaient repris la bise avec leurs proches.
4. Diffusion contemporaine et variantes
La bise n'est pas exclusivement francaise : elle est pratiquee en Belgique (1 bise standard), aux Pays-Bas (3 bises dans les familles), au Luxembourg, en Suisse romande, en Espagne (2 bises), en Italie (2 a 3 bises selon la region), au Portugal (2 bises) et dans une large partie de l'Amerique latine. Les variations de nombre et de joue de depart different selon les pays.
Depuis 2003, le site Combiendebises.com cartographie les pratiques departement par departement en France, devenant une reference populaire pour naviguer ces variations.
Post-COVID, une fraction des Francais (surtout au-dessus de 65 ans) a maintenu la distanciation, tandis que les 25-34 ans ont ete les plus rapides a reprendre la bise. La bise reste un marqueur identitaire fort de la sociabilite francaise.
5. Recommandations pratiques
Pour les visiteurs etrangers : attendre que l'hote francais prenne l'initiative. Ne pas proposer de hug comme substitut -- tendre plutot la main si on n'est pas a l'aise. Observer le nombre de bises pratique dans le cercle local avant de s'adapter. Se souvenir que la bise en France est un geste de salutation neutre, non romantique -- la refuser brusquement peut etre percu comme un rejet social.
Origine historique
Derive du latin basium (Catulle, Ier s. av. J.-C.), passe par le baiser feodal d'allegeance au Moyen Age, interrompu par la Peste noire (1347-1352), revenu dans les milieux bourgeois aux XVIIe-XVIIIe siecles, puis generalise a partir des annees 1970 apres Mai 68. COVID-19 en 2020 cause une seconde interruption radicale.
Recommandations pratiques
À faire
- Attendre que la personne francaise initie. Observer le nombre pratique localement. Pencher la tete, effleurer les joues sans poser les levres. En cas de doute, tendre la main pour une poignee.
Alternatives neutres
- poignee de main
- signe de tete
- elbow bump (post-COVID)