Le regard et la hiérarchie en Asie de l'Est
Dans les cultures d'Asie de l'Est — Japon, Corée du Sud, Chine — la gestion du regard obeissait historiquement a des codes rigides liés a la hiérarchie sociale. Regarder directement un supérieur dans les yeux pouvait être interprété comme un défi ou une preuve d'orgueil. Ces normes sont enracinées dans les valeurs confucéennes d'humilité, de déférence et de respect des rangs sociaux, transmises pendant plus de deux mille ans.
Ce que dit la recherche
Adam Kendon (1967, Acta Psychologica) a ete l'un des premiers a décrire systématiquement les fonctions du regard dans l'interaction sociale, montrant que le contact visuel sert à la fois de signal d'attention et de marqueur de relation de pouvoir. Michael Argyle et Mark Cook (1976, Gaze and Mutual Gaze, Cambridge University Press) ont confirme que les normes de contact visuel varient selon les cultures : dans les cultures dites de "non-contact" (Europe du Nord, Asie de l'Est), les locuteurs maintiennent un regard moins direct que dans les cultures de contact (Méditerranée, Amérique latine). Atsushi Senju et Angelina Vernetti (2013, International Journal of Behavioral Development, SAGE DOI 10.1177/0165025412465360) ont montre expérimentalement que les adultes japonais modulent davantage leurs fixations oculaires en réponse aux signaux de regard d'autrui que les adultes britanniques, confirmant une sensibilité culturelle spécifique au regard d'autrui.
Trois registres d'interprétation
(a) Registre établi : Au Japon, la norme dominante est l'évitement du regard soutenu en contexte hiérarchique. Les enfants japonais apprennent explicitement à regarder le cou de leur interlocuteur de façon a ce que les yeux de celui-ci restent dans leur champ périphérique sans croiser directement son regard. (b) Évolutions contemporaines : Les générations nées après les années 1980 et exposées aux normes occidentales via les médias et les entreprises multinationales tendent à maintenir un contact visuel plus fréquent en contexte professionnel, notamment dans les grandes villes. La rigidité de la norme traditionnelle s'assouplit progressivement dans les environnements internationalisés. (c) Variante Corée et Chine : Matsumoto et Hwang (2013) ont confirme que des normes similaires s'appliquent en Corée du Sud et en Chine continentale, avec des variations locales selon le contexte (formel/informel, hiérarchie directe ou latérale).
Situations a risque
Les malentendus surviennent le plus souvent lors d'entretiens d'embauche ou de présentations professionnelles : un candidat japonais qui evite le contact visuel sera juge peu confiant par un recruteur américain, tandis qu'un manager occidental qui fixe son interlocuteur japonais pendant une réunion sera perçu comme intimidant. Le risque est asymétrique : l'Occidental ne remarque généralement pas que son propre comportement est intrusif, alors que le Japonais ou le Coréen ressent clairement le malaise sans oser le mentionner.
Recommandations pratiques
En contexte japonais ou coréen, calquez votre niveau de contact visuel sur celui de votre interlocuteur. Des regards brefs et intermittents, accompagnés de hochements de tête (aizuchi) et de signaux verbaux d'écoute, sont suffisants et valorisés. En contexte mixte (réunion internationale), une position neutre consiste à maintenir un contact visuel modéré — ni fuyant ni fixe — et à observer si votre interlocuteur asiatique réagit avec un recul ou un malaise.
Géographie du malentendu
Offensif
- japan
- south-korea
- china-continental
Neutre
- usa
- canada
- uk
- ireland
- australia
- new-zealand
- france
- germany
- austria
- switzerland
- netherlands
- belgium
Non documenté
- indigenous-peoples
- sub-saharan-africa
- latin-america
- middle-east
- south-asia
Origine historique
Normes confucéennes et samourales d'Asie de l'Est (XIIe-XXe siècles) gouvernant le regard comme instrument de hiérarchie et de respect. Formalisées dans les codes d'étiquette marchande japonaise (Edo 1603-1867) et dans les structures d'entreprise modernes (post-1950). Indépendantes de la tradition occidentale de sincérité par le contact visuel (XIXe s. américain).
Recommandations pratiques
À faire
- En contexte professionnel japonais, accordez votre niveau de contact visuel a celui de votre interlocuteur. Avec un supérieur, des regards brefs et intermittents sont la norme ; évitez de fixer.
À éviter
- Ne maintenez pas un contact visuel soutenu et fixe avec un supérieur japonais, coréen ou chinois : cela peut être perçu comme un défi ou un manque de respect, même si c'est involontaire.
Alternatives neutres
Regardez de temps en temps l'interlocuteur, puis portez votre regard vers ses mains, ses notes ou l'espace neutre entre vous. Un hochement de tête accompagne de brefs regards suffit a marquer l'écoute.