Le chuintement pour appeler (pssst — Amérique latine)
« Pssst » pour héler : banal à Lima, agressivement déplacé à Stockholm.
Signification
Sens visé : Appel discret et amical, notamment aux jeunes femmes, pour attirer l'attention sans élever la voix — très naturel en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Sens interprété : En Scandinavie et en Asie de l'Est, le chuintement « pssst » est perçu comme excessivement familier, voire agressif ou sexuellement suggestif pour les femmes. Provoque une rupture du rapport social et une interprétation comme harcèlement urbain.
Géographie du malentendu
Offensif
- sweden
- norway
- denmark
- finland
- iceland
- china-continental
- japan
- south-korea
- taiwan
- hong-kong
- mongolia
Neutre
- mexico
- guatemala
- honduras
- nicaragua
- el-salvador
- costa-rica
- panama
- cuba
- dominican-republic
- puerto-rico
Non documenté
- peuples-autochtones
1. Le geste et sa signification attendue
Un chuintement bref, souvent noté phonétiquement « pssst », produit en laissant passer l'air entre les lèvres légèrement écartées, parfois accompagné d'un léger claquement de langue. En Amérique latine (Mexique, Venezuela, Colombie, Pérou), dans les Caraïbes et au Brésil, ce son fonctionne comme un appel discret, social et amical, notamment pour attirer l'attention d'une femme, d'un serveur ou d'un compagnon sans élever la voix. C'est un procédé d'appel « bas » qui ne demande pas de crier, compatible avec le respect d'un environnement calme (bibliothèque, file d'attente) ou intime (proximité de personnes endormies).
2. Où ça dérape : géographie du malentendu
En Scandinavie (Suède, Norvège, Danemark, Islande), aux Pays-Bas et en Asie de l'Est (Japon, Corée du Sud, Chine continentale), le même chuintement est perçu comme hautement problématique. En Scandinavie, il est interprété comme excessivement familier, voire agressif, ou portant une connotation sexuelle (assimilation à un appel d'intimité non sollicité). Pour une femme, le recevoir est analogue à un sifflement harcelant en France. En Asie de l'Est, le chuintement est perçu comme une intrusion irrespectueuse de l'espace personnel, incompatible avec le respect de la distance sociale codifiée.
3. Genèse historique
Le chuintement appartient aux répertoires vocaux « bas » ou « discrets » documentés dans toutes les cultures urbaines denses. En Amérique latine, il s'inscrit dans une tradition d'appels urbains pré-industriels (marchands, vendeurs de rue, signalisation sociale dense). En Scandinavie, la norme de silence en espace public et la valorisation du respect de la distance personnelle ont créé un tabou symétrique : tout appel sonore non-verbal y apparaît comme transgression. Le contraste s'accentue au XXe siècle avec la mondialisation touristique. Poyatos (2002, Nonverbal Communication across Disciplines, vol. 1, John Benjamins) classe les sibilantes (dont pssst) parmi les sons paralinguistiques d'intensité acoustique caractéristique permettant l'attention sans cri ; Hall (1976, Beyond Culture, Anchor Books, ISBN 9780385124744) inscrit la divergence d'interprétation dans le contraste high-context (Scandinavie, Asie de l'Est) vs low-context (Amérique latine).
4. Incidents célèbres documentés
Aucun incident publicisé documenté. Le phénomène est mentionné dans la littérature ethnographique régionale et les guides d'étiquette interculturelle comme exemple de signal paralinguistique à interprétation radicalement divergente Scandinavie/Amérique latine — sans incident diplomatique formel attribuable.
5. Recommandations pratiques
- À faire : en Amérique latine, usage naturel et apprécié. En contextes nordiques, préférer l'appel verbal discret ou le contact visuel.
- À ne jamais faire : chuinter en direction d'une femme en Scandinavie, Asie de l'Est ; c'est lu comme harcèlement ou approche agressive.
- Alternatives : appel vocal doux (« excusez-moi »), contact visuel, levée de main discrète.
- Vigilance : signal régional non transposable cross-cultures, comme documenté par Morris (1977, Manwatching, Harry N. Abrams, ISBN 9780810913103) pour l'ensemble des appels paralinguistiques à valeur ambivalente.
Origine historique
Appel urbain pré-industriel universel. En Amérique latine : tradition de signalisation sociale dense urbaine. En Scandinavie : contraste avec tabou du silence et respect de distance personnelle. Écart géographique s'accentue au XXe siècle.
Recommandations pratiques
À faire
- En Amérique latine : usage naturel accepté pour appel discret.
- En Scandinavie et Asie : utiliser appel verbal doux ou contact visuel uniquement.
- Appel verbal « excusez-moi » fonctionne partout.
À éviter
- Ne jamais chuinter vers une femme en Scandinavie, Asie de l'Est : lu comme harcèlement sexuel.
- Éviter en Asie où cela transgresse respect de distance personnelle.
Alternatives neutres
- Appel vocal doux « excusez-moi ».
- Contact visuel et hochement.
- Levée discrète de main.
Sources
- Poyatos, F. (2002). Nonverbal Communication across Disciplines, Vol. 1: Culture, Sensory Interaction, Speech, Conversation. John Benjamins Publishing.
- Kendon, A. (2004). Gesture: Visible Action as Utterance. Cambridge University Press.
- Matsumoto, D. & Hwang, H.C. (2013). Cultural similarities and differences in emblematic gestures. Journal of Nonverbal Behavior, 37(1), 1-27. — ↗
- Hall, E. T. (1976). Beyond Culture. Anchor Books / Doubleday. ISBN 9780385124744. Distinction high-context / low-context cultures appliquee a l'interpellation paralinguistique cross-cultures.
- Morris, D. (1977). Manwatching: A Field Guide to Human Behavior. Harry N. Abrams. ISBN 9780810913103. Inventaire ethnographique des appels sonores ambivalents cross-cultures (sibilantes, sifflement, chuintement).