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CodexMundi Atlas savant des sens qui se perdent en franchissant les frontières

← Paralangage, silence, rire

Le pouting kiss-call (appel par bruit de baiser)

Appel par bruit de baiser : flirtation légitime à Caracas, harcèlement grave à New York.

Complète✓ VérifiéInsulte

Catégorie : Paralangage, silence, rireSous-catégorie : interpellation-sonoreNiveau de confiance : 4/5 (partiel solide)Identifiant : e0222

Signification

Sens visé : Appel amical ou flirtatious par bruit de baiser (toux léger exhalé), courant en Amérique latine pour attirer l'attention sans élever la voix, souvent teinté de familiarité ou d'intention courtoise vis-à-vis de femmes.

Sens interprété : Dans le monde anglo-américain, nordique et asiatique urbain, le bruit de baiser-appel (kiss-calling) est universellement interprété comme du harcèlement sexuel de rue, du catcalling, et une transgression majeure. Provoque colère immédiate, réaction policière, ou conflit verbal.

Géographie du malentendu

Offensif

  • usa
  • canada
  • uk
  • ireland
  • australia
  • new-zealand
  • france
  • germany
  • netherlands
  • belgium
  • scandinavian-countries
  • japan
  • south-korea
  • china-continental

Neutre

  • mexico
  • guatemala
  • honduras
  • el-salvador
  • costa-rica
  • panama
  • cuba
  • dominican-republic
  • colombia
  • venezuela
  • brazil
  • peru
  • argentina

Non documenté

  • peuples-autochtones

1. Le geste et sa signification attendue

Un bruit produit en faisant une petite moue avec les lèvres et en exhalant un souffle léger — ou en combinant ce mouvement avec un bruit de « succion » labiale — pour attirer l'attention de quelqu'un, typiquement une femme. En Amérique latine (Mexique, Venezuela, Colombie, Brésil), ce procédé fonctionne comme appel social discret teinté de légère flirtation ou courtoisie. Il ne porte pas intrinsèquement une charge sexuelle agressive, mais relève de la socialité urbaine où l'appel sans crier reste valorisé.

2. Où ça dérape : géographie du malentendu

Aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Australie, en France, en Allemagne, en Scandinavie et en Asie urbaine, le kiss-call est interprété universellement comme du harcèlement sexuel de rue (street harassment, catcalling). Le bruit est lu comme une tentative de réduction de la femme à son corps, une transgression de respect personnel, et une agression vocale. Depuis les années 2010 et le mouvement #MeToo, la tolérance zéro s'est imposée.

3. Genèse historique

L'appel par bruit de baiser relève des répertoires pré-urbains où l'oralité affective dominait. En Amérique latine, il persiste comme résidu de socialité urbaine dansante et familière. Dans les sociétés anglophones et nordiques, le silence urbain codifié depuis la fin du XIXe siècle a créé un tabou inversé : tout appel sonore non-autorisé y est perçu comme transgression. La divergence s'accentue au XXe siècle avec la criminalisation progressive du catcalling. Bowman (1993, Street Harassment and the Informal Ghettoization of Women, Harvard Law Review, Vol. 106, No. 3, pp. 517-580) analyse explicitement le sifflement, le kiss-calling et autres appels sonores adressés aux femmes inconnues dans l'espace public comme une forme de harcèlement structurel produisant une « ghettoïsation informelle » des femmes vers la sphère privée — argument fondateur du cadre juridique anglo-américain contemporain sur le street harassment.

4. Incidents célèbres documentés

Le mouvement Right To Be (anciennement Hollaback!) a été fondé en 2005 à New York par Emily May et six co-fondatrices/fondateurs, en réaction à la photographie publique d'un harceleur de métro par Thao Nguyen (couverture New York Daily News). Le mouvement documente systématiquement le street harassment incluant whistling, kiss-calling et autres appels sonores non sollicités. En 2015, Right To Be a conduit avec Cornell University la première étude internationale de grande échelle sur le street harassment. Aucun « incident » isolé attribuable mais corpus documentaire ouvert et activiste tier-2 vérifiable.

5. Recommandations pratiques

Origine historique

Résidu de socialité urbaine pré-industrielle. Persiste en Amérique latine. Tabouisé en Amérique du Nord depuis fin XIXe s. Criminalisé progressivement (États-Unis années 2010+).

Recommandations pratiques

À faire

  • En Amérique latine : usage contextuel acceptable.
  • Partout ailleurs : éviter absolument.

À éviter

  • Ne JAMAIS utiliser en Amérique du Nord, Europe, Asie : harcèlement grave.

Alternatives neutres

Sources

  1. Bowman, C. G. (1993). Street Harassment and the Informal Ghettoization of Women. Harvard Law Review, Vol. 106, No. 3 (January 1993), pp. 517-580. Article fondateur du cadre juridique anglo-américain sur le street harassment, mentionnant explicitement whistling, kiss-calling et autres appels sonores adressés aux femmes inconnues comme harcèlement structurel. —
  2. Poyatos, F. (2002). Nonverbal Communication across Disciplines, Vol. 2: Paralanguage, Kinesics, Silence, Personal and Environmental Interaction. John Benjamins Publishing.
  3. Matsumoto, D. & Hwang, H.C. (2013). Cultural similarities and differences in emblematic gestures. Journal of Nonverbal Behavior, 37(1), 1-27. —
  4. Morris, D. (1977). Manwatching: A Field Guide to Human Behavior. Harry N. Abrams. ISBN 9780810913103. Inventaire ethnographique des appels sonores (sifflement, chuintement, kiss-call) cross-cultures avec ambivalence interprétative.
  5. Right To Be (formerly Hollaback!) (2005-présent). Documenting and ending street harassment. Fondation NYC 2005 par Emily May + co-fondateurs ; partenariat Cornell University 2015 international study on street harassment. —