01Le dastar et l'obligation de couvrir le kesh
Le turban (dastar, ਦਸਤਾਰ) est, pour l'homme sikh, un article de foi obligatoire selon le Sikh Rehat Maryada (code de conduite officiel). Contrairement à une idée répandue, il n'est pas l'un des cinq K : le K concerné est le kesh (les cheveux et la barbe non coupés), que le turban recouvre et protège. Les cinq K (Panj Kakar, ਪੰਜ ਕਕਾਰ) — kesh (cheveux non coupés), kangha (peigne), kara (bracelet d'acier), kachhera (sous-vêtement) et kirpan (sabre) — ont été institués par Guru Gobind Singh, le dixième Gourou, lors de la fondation du Khalsa à Vaisakhi 1699 (Anandpur Sahib), et non par Guru Nanak, fondateur du sikhisme (1469-1539).
02Signification : honneur, égalité, souveraineté
Article de foi, le dastar exprime l'égalité, l'honneur, le respect de soi, le courage, la spiritualité et la piété. Le sikhisme est strictement monothéiste : il n'y a pas de « dieu sikh » distinct, mais le Dieu unique et sans forme (Ik Onkar, ੴ ; Waheguru). Porter le turban, c'est afficher publiquement son engagement dans la foi et refuser de dissimuler son identité.
03Qui le porte, et les degrés d'observance
Le turban est porté avant tout par les hommes. Les femmes sikhes, en règle générale, n'en portent pas — le Rehat Maryada le laisse à leur choix — même si certaines le font (courants Akali-Nihang et AKJ, ou par égalité dans la diaspora). On distingue l'amritdhari (le sikh initié, qui a reçu l'Amrit et observe pleinement les cinq K), le keshdhari (qui garde ses cheveux non coupés sans avoir pris l'Amrit) et le sahajdhari (l'adoptant graduel, qui ne maintient pas tous les cinq K). Les couleurs et styles de turban varient selon les régions, les goûts et parfois l'appartenance.
04Où ça dérape : confusion et discrimination
Le malentendu le plus lourd de conséquences est la confusion des Sikhs avec des musulmans ou des Arabes, à cause du turban et de la barbe. Après le 11 septembre 2001, elle a nourri une vague d'agressions : la Sikh Coalition a recensé plus de 300 cas de violence et de discrimination anti-sikhs aux États-Unis dans le seul mois qui a suivi, et Balbir Singh Sodhi, un commerçant sikh, a été assassiné le 15 septembre 2001 à Mesa (Arizona), premier meurtre de représailles post-attentats. Autre erreur fréquente : traiter le turban comme un simple accessoire « culturel » et optionnel, ou — pire — demander à un Sikh de le retirer ou le lui ôter par jeu, ce qui constitue une insulte grave.
05Étiquette et cadre juridique
Dans un temple sikh (gurdwara), tout visiteur — sikh ou non — se couvre la tête et retire ses chaussures en signe de respect. Plusieurs pays ont aménagé des exemptions pour le turban : le Royaume-Uni dispense les Sikhs du casque de moto (Road Traffic Act 1988) et du casque de chantier (Employment Act 1989) ; l'armée américaine autorise depuis 2017 le port du turban et de la barbe ; en France, la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école a visé le turban des élèves sikhs, une affaire sur laquelle le Comité des droits de l'homme de l'ONU s'est prononcé en 2012 (affaire Bikramjit Singh). Ne demandez jamais à un Sikh « pourquoi portes-tu ça ? », ne confondez pas turban et appartenance musulmane, et ne refusez pas un emploi pour ce motif.
Géographie du malentendu
Offensif
- india
- united-kingdom
- united-states
- canada
Non documenté
- peuples-autochtones
Origine historique
Le turban (dastar) couvre le kesh (cheveux non coupés), l'un des cinq K institués par Guru Gobind Singh à la fondation du Khalsa (Vaisakhi 1699, Anandpur Sahib). Il n'est pas lui-même un des cinq K, mais un article de foi obligatoire pour l'homme sikh selon le Rehat Maryada, symbole d'honneur, d'égalité et de souveraineté.
Incidents documentés
- 2001 — Le 15 septembre 2001, Balbir Singh Sodhi, commerçant sikh portant turban et barbe, est abattu à Mesa (Arizona) par Frank Roque, qui l'avait pris pour un « Arabe musulman ». C'est le premier meurtre de représailles recensé après les attentats du 11 septembre. (SALDEF, « The First 9/11 Backlash Fatality: Balbir Singh Sodhi »)
Recommandations pratiques
À faire
- Dans un gurdwara, couvrez-vous la tête et retirez vos chaussures comme tout visiteur.
- Traitez le turban comme un article de foi obligatoire, non comme un choix « culturel ».
- Demandez l'autorisation avant de photographier un Sikh en turban.
À éviter
- Ne demandez jamais à un Sikh « pourquoi portes-tu ça ? » et ne lui ôtez pas son turban, même par jeu : c'est une insulte grave.
- Ne confondez pas le turban sikh avec une appartenance musulmane ou arabe.
- Ne refusez pas un emploi à un Sikh au motif de son turban : c'est une discrimination illégale dans de nombreux pays.
Alternatives neutres
- Aucune : le turban est une obligation religieuse pour l'homme sikh initié, pas une option négociable.