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e0204Rapporto con il tempo · ponctualite

Il tempo africano (African time)

« Le temps africain » n'est pas une observation ethnographique : c'est un stéréotype colonial (« Kafir time », XIXe siècle), transformé en thèse philosophique par Mbiti en 1969, puis réfuté dès 1975 par le philosophe ghanéen Kwame Gyekye comme généralisation abusive à 54 pays.

✓ Direzione dell'obiettivoQuand l'expression décrit un fait précis et documenté (souplesse des horaires de réunion dans l'administration publique du sud-est du Nigeria, par exemple), elle renvoie à un contexte professionnel et institutionnel spécifique, médié par des facteurs relationnels — pas à un trait racial ou continental.
⚠ Significato interpretatoQue « le temps africain » décrirait un rapport au temps homogène, hérité de traditions précoloniales, partagé par un continent de 54 pays et plusieurs milliers de langues — alors que l'expression est d'origine coloniale (instrument de discipline du travail), que sa réinterprétation philosophique (Mbiti, 1969) a été démontrée abusivement généralisante dès 1975, et que ses usages contemporains documentés sont le fait d'acteurs précis (un régime militaire, une agence de communication, des chercheurs), jamais d'un consensus continental.

01Un stéréotype, pas un fait ethnographique

L'expression « African time » circule depuis des décennies comme une évidence : les Africains auraient un rapport au temps intrinsèquement flexible, communautaire, éloigné de l'horloge occidentale. Cette affirmation a une histoire précise, largement documentée par la recherche, et cette histoire commence par un stéréotype colonial de discipline du travail, pas par une observation neutre. L'historienne Keletso Atkins documente, dès le XIXe siècle dans le Natal colonial, l'expression « Kafir time » (« Kafir » étant une insulte raciale de l'époque) : un idiome de contremaîtres blancs pour désigner les rendez-vous auxquels les travailleurs africains n'étaient, selon eux, pas tenus d'être ponctuels — un instrument de discipline du travail, pas une description culturelle.

02L'inversion apologétique de Mbiti, et sa réfutation

En 1969, le théologien kényan John Mbiti publie African Religions and Philosophy. Son chapitre sur le temps s'ouvre lui-même sur la plainte de voyageurs occidentaux (« ces Africains gaspillent leur temps à rester assis sans rien faire ! ») pour la retourner en thèse philosophique : les langues kikamba et gikuyu (Kenya) et le couple swahili Zamani (le temps long, passé) / Sasa (le présent) montreraient une temporalité orientée vers le passé et le présent, sans véritable notion de futur lointain. Le stéréotype colonial devient, sous sa plume, une différence philosophique digne de respect plutôt qu'un défaut moral. Mais la généralisation ne résiste pas à l'examen : dès 1975, le philosophe ghanéen Kwame Gyekye démontre, dans sa recension de l'ouvrage (Second Order, 4(1), 86-94), que la langue et les proverbes akan (Ghana) expriment au contraire une conception développée du futur — Mbiti généralise à un continent de 54 pays et de plusieurs milliers de langues depuis un corpus limité à deux langues d'Afrique de l'Est. La recherche récente (Widlok, Knab & van der Wulp, African Studies, 80(3-4), 2021, 397-414) confirme que la thèse d'un « temps africain » homogène est aujourd'hui largement abandonnée dans le monde académique, tout en restant un lieu commun mobilisé par des décideurs publics et des ONG.

03Le temps de travail colonial : conflit, pas absence

Le stub initial de cette fiche affirmait qu'une « absence d'industrialisation stricte coloniale » expliquerait un rapport au temps resté communautaire. C'est l'inverse qui est documenté : les régimes coloniaux ont activement imposé un temps industriel et en ont fait un terrain d'affrontement. Atkins montre que missions et employeurs du Natal calaient les salaires sur des unités calendaires disputées ; Frederick Cooper (« Colonizing Time: Work Rhythms and Labor Conflict in Colonial Mombasa », in N. Dirks (dir.), Colonialism and Culture, University of Michigan Press, 1992, 209-245) documente des conflits explicites sur la définition même du temps de travail dans le port colonial de Mombasa (Kenya). Le temps n'était donc pas une essence culturelle épargnée par la colonisation ; il en était un enjeu disputé.

04Qui utilise l'expression aujourd'hui, et pour quoi

L'expression continue d'être mobilisée, mais par des acteurs identifiables, jamais par « les Africains » comme bloc homogène. Le régime militaire nigérian de Muhammadu Buhari et Tunde Idiagbon (1983-1985) a lancé le 1er mai 1984 un volet « éthique du travail » de sa « Guerre contre l'indiscipline », visant explicitement l'absentéisme et les retards par des méthodes coercitives (humiliations publiques, châtiments corporels). En octobre 2007, une agence de communication ivoirienne a organisé à Abidjan une « Punctuality Night » soutenue par le président Laurent Gbagbo — dont le mandat avait pourtant expiré depuis 2005 et dont l'élection suivante ne se tiendrait qu'en 2010 —, récompensant d'une villa un fonctionnaire ponctuel surnommé par ses propres collègues « Mr White Man's Time » : un slogan qui reconduit le vocabulaire colonial plutôt que de le congédier (dépêche Reuters, reprise notamment par le Washington Times du 9 octobre 2007). Une étude de terrain récente auprès de 577 fonctionnaires du sud-est du Nigeria (Onyishi, Ugwu, Ujoatuonu, Ugwu & Okeja, Journal of Social Service Research, 48(6), 2022, 725-738 — le titre place lui-même « African Time » entre guillemets) montre que la définition du retard y est flexible, dépend du contexte de la réunion, et que la tendance à arriver en retard est corrélée à l'environnement de travail et médiée par la compassion envers autrui — un mécanisme organisationnel documenté, pas un aveu identitaire continental. Une seule donnée comparative internationale permet de situer un pays africain : le Kenya se classe 22e sur 31 pays dans l'étude de Levine et Norenzayan sur le rythme de vie urbain (Journal of Cross-Cultural Psychology, 30(2), 1999, 178-205), aux côtés de la Chine, la Jordanie, la Syrie, le Salvador, le Brésil, l'Indonésie et le Mexique — un rythme de vie plus lent corrélé au niveau de développement économique et au climat, pas à un trait continental.

05Recommandations pratiques

Geografia dell'incomprensione

Neutrale

  • nigeria
  • kenya
  • ivory-coast

Incidenti documentati

Raccomandazioni pratiche

Per fare

  • - Traiter tout écart de ponctualité comme une question de contexte professionnel et institutionnel précis. - Nommer le pays et le contexte réels plutôt que d'invoquer « le temps africain » en général. - S'appuyer sur des données locales (enquêtes, interlocuteurs) plutôt que sur un stéréotype.

Cosa evitare

  • - Ne pas invoquer « le temps africain » pour expliquer un retard sans préciser de quel pays et de quel contexte il s'agit. - Ne pas répéter le vocabulaire colonial (« Kafir time », « Mr White Man's Time ») même sous forme de plaisanterie. - Ne pas présenter un stéréotype réfuté depuis 1975 comme une évidence ethnographique actuelle.

Alternative neutre

Fixer des fenêtres horaires explicites (« entre 14h et 16h ») plutôt que des heures fixes ; s'appuyer sur un interlocuteur local pour évaluer les attentes réelles d'un contexte professionnel précis, plutôt que sur un présupposé continental.

Fonti · 7

AccademicaAtkins, Keletso E. (1988). 'Kafir Time': Preindustrial Temporal Concepts and Labour Discipline in Nineteenth-Century Colonial Natal. Journal of African History, 29(2), 229-244.
AccademicaMbiti, John S. (1969). African Religions and Philosophy. Heinemann.
AccademicaGyekye, Kwame (1975). Review of John Mbiti's African Religions and Philosophy. Second Order, 4(1), 86-94.
AccademicaWidlok, Thomas; Knab, Joachim; van der Wulp, Christa (2021). #African Time: Making the Future Legible. African Studies, 80(3-4), 397-414. —
AccademicaCooper, Frederick (1992). Colonizing Time: Work Rhythms and Labor Conflict in Colonial Mombasa. In Nicholas B. Dirks (dir.), Colonialism and Culture. University of Michigan Press, 209-245.
AccademicaOnyishi, Ike E.; Ugwu, Fabian O.; Ujoatuonu, Ikechukwu V. N.; Ugwu, Lawrence E.; Okeja, Uchenna (2022). The ‘African Time’ Syndrome: Understanding Lateness among Nigerian Public Service Workers. Journal of Social Service Research, 48(6), 725-738.
AccademicaLevine, Robert V.; Norenzayan, Ara (1999). The Pace of Life in 31 Countries. Journal of Cross-Cultural Psychology, 30(2), 178-205.