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Codex MundiRapporto con il tempoLes pauses remplies en anglais américain (uh, like, you know)
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Les pauses remplies en anglais américain (uh, like, you know)

« Uh, like, I think we should, you know, explore this » : en anglais américain, c'est une parole normale et fonctionnelle ; à une oreille française, cela peut sonner comme de l'hésitation ou un manque de sérieux — un contresens.

✓ Direzione dell'obiettivoLes pauses remplies (uh, um) et les marqueurs (like, you know) sont des outils normaux de l'oral américain : ils tiennent le tour de parole, gèrent la planification et adoucissent le propos, sans signaler l'incompétence.
⚠ Significato interpretatoOn prend ces marqueurs pour de l'hésitation, de l'inculture ou un défaut d'intelligence, et l'on juge l'orateur superficiel ou mal préparé — alors qu'ils font un vrai travail conversationnel.

01Des mots-outils, pas du bafouillage

En anglais américain, les « pauses remplies » (uh, um) et les marqueurs de discours (like, you know, I mean) ne sont pas des ratés de la parole mais des outils. Les linguistes Herbert Clark et Jean Fox Tree ont montré que uh et um sont traités comme de véritables mots : ils annoncent un délai à venir — uh un délai bref, um un délai plus long (Clark & Fox Tree, 2002). Loin de brouiller le message, entendre un uh aide même l'auditeur à mieux reconnaître le mot qui suit (Fox Tree, 2001). Ces disfluences ne signalent pas l'incompétence : elles jalonnent la planification du discours, à raison d'environ six pour cent des mots dans une conversation ordinaire (Bortfeld et al., 2001).

02Le malentendu : « il hésite, donc il est faible »

Pour une oreille française, allemande ou scandinave, ce flot de uh, like et you know peut sonner comme de l'hésitation, un manque de préparation, voire un défaut d'intelligence. La préférence, là-bas, va à une parole nette, sans « remplissage », et l'on juge implicitement l'orateur sur sa fluidité. Or ce jugement est largement un artefact d'oreille : les marqueurs américains font un vrai travail (tenir le tour de parole, gagner du temps, adoucir, signaler une citation) que l'auditeur étranger ne perçoit pas. La recherche invite ici à la prudence : c'est une perception, pas une infériorité mesurée du discours.

03Genèse : un phénomène universel, une forme locale

Toutes les langues ont leurs hésitations : euh en français, äh en allemand, eh en espagnol. Les pauses remplies ne sont donc pas une invention américaine — ce qui varie, c'est leur forme, leur fréquence et le regard social porté sur elles. Le cas de like est instructif : contrairement à la légende (« mot vide », « tic de Valley Girl », « parler de jeune femme »), like est ancien, multifonctionnel et grammaticalement contraint — marqueur de discours, approximateur, focalisateur, et, plus récent, le quotatif (be like, « il fait : … ») — et son usage traverse âges et sexes (D'Arcy, 2007 et 2017).

04Ce que dit la recherche

Les marqueurs de discours ont été catalogués comme des organisateurs du sens conversationnel (Schiffrin, Discourse Markers, 1987). Les hésitations renseignent l'auditeur : elles signalent l'état de connaissance de l'orateur (Brennan & Williams, 1995) et améliorent même la mémorisation du mot qui suit (Corley et al., 2007). Quant au stéréotype de genre, il est démenti par les corpus : hommes et femmes, tous âges, emploient uh et um ; et c'est um qui progresse au fil du temps, un changement porté plutôt par les femmes et les locuteurs les plus instruits (Wieling et al., 2016) — l'inverse d'un signe de négligence.

05Le malentendu et comment l'éviter

Le piège, en contexte international, est de prendre un trait d'oralité pour un trait de caractère — de conclure d'un « like » qu'un interlocuteur est superficiel, ou d'un « uh » qu'il est mal préparé. Symétriquement, l'Américain peut trouver la parole française « sans remplissage » froide ou distante. Le bon réflexe : dissocier la forme (les marqueurs) du fond (l'argument), et ne pas pénaliser — en réunion comme en entretien — un locuteur pour un habitus verbal qui, dans sa langue, est parfaitement normal.

Geografia dell'incomprensione

Neutrale

  • usa
  • canada

Raccomandazioni pratiche

Per fare

  • Accepter les pauses remplies et marqueurs comme un trait normal et fonctionnel de l'oral américain.
  • Dissocier la forme (les marqueurs) du fond (l'argument) ; ne pas pénaliser un locuteur, en réunion ou en entretien, pour un habitus verbal normal dans sa langue.

Cosa evitare

  • Ne pas interpréter uh, like ou you know comme de l'hésitation, de l'inculture ou un défaut d'intelligence.
  • Ne pas transposer un critère de « parole nette sans remplissage » à un contexte où ces marqueurs sont la norme, ni moquer un Américain pour ses « like ».

Alternative neutre

Fonti · 8

AccademicaHerbert H. Clark & Jean E. Fox Tree, « Using uh and um in spontaneous speaking », Cognition 84(1), 2002, 73-111 : uh et um sont des mots conventionnels annonçant un délai (bref pour uh, plus long pour um). —
AccademicaDeborah Schiffrin, Discourse Markers, Cambridge University Press, 1987 : oh, well, you know, I mean… analysés comme des organisateurs de la cohérence conversationnelle. —
AccademicaAlexandra D'Arcy, « Like and Language Ideology: Disentangling Fact from Fiction », American Speech 82(4), 2007, 386-419 : la légende du like « vide », « Valley Girl » ou « tic féminin » est fausse ; like est ancien et multifonctionnel. A. D'Arcy, Discourse-Pragmatic Variation in Context: Eight Hundred Years of LIKE, John Benjamins, 2017. —
AccademicaHeather Bortfeld et al., « Disfluency rates in conversation: Effects of age, relationship, topic, role, and gender », Language and Speech 44(2), 2001, 123-147 : environ six disfluences pour cent mots en conversation, en hausse quand la charge de planification augmente. —
AccademicaMartijn Wieling et al., « Variation and change in the use of hesitation markers in Germanic languages », Language Dynamics and Change 6(2), 2016, 199-234 : um progresse sur uh dans six langues germaniques, changement porté plutôt par les femmes et les locuteurs les plus instruits. —
AccademicaJean E. Fox Tree, « Listeners' uses of um and uh in speech comprehension », Memory & Cognition 29(2), 2001, 320-326 : entendre uh aide l'auditeur à reconnaître le mot suivant ; um n'a pas d'effet. —
AccademicaMartin Corley, Lucy J. MacGregor & David I. Donaldson, « It's the way that you, er, say it: Hesitations in speech affect language comprehension », Cognition 105(3), 2007, 658-668 : un mot précédé d'une hésitation est mieux reconnu ensuite. —
AccademicaSusan E. Brennan & Maurice Williams, « The feeling of another's knowing: Prosody and filled pauses as cues to listeners about the metacognitive states of speakers », Journal of Memory and Language 34(3), 1995, 383-398.