01Ce que la formule dit — et ne dit pas
« Maʿa s-salāma » (مع السلامة, en arabe standard maʿa s-salāmati) signifie littéralement « avec la sécurité » : maʿa (« avec ») + salāma (« sécurité, intégrité, bon état », racine s-l-m). C'est la formule d'adieu standard du monde arabophone, employée dans tous les registres et sans connotation confessionnelle particulière dans l'usage courant. Convention d'usage relevée par les dictionnaires (Wiktionnaire, arabe levantin du sud) : elle est typiquement prononcée par la personne qui reste, à l'adresse de celle qui part — laquelle répond, selon les régions et les sources, « aḷḷa ysallmak » (« que Dieu te garde sain et sauf » ; ysallmek à une femme) ou « aḷḷa maʿak » (« que Dieu soit avec toi »). Deux corrections s'imposent face aux présentations rapides : la formule elle-même ne contient pas le mot « Allah » — la référence divine n'apparaît que dans les réponses — et elle n'appelle pas « wa ʿalaykum as-salām », qui est la réponse consacrée à la salutation d'accueil « as-salāmu ʿalaykum », un acte de langage distinct.
02Le malentendu : lire un manifeste religieux dans une formule fossilisée
Le malentendu documenté consiste, pour un interlocuteur occidental, à percevoir dans les adieux arabes une charge religieuse ostensible — et parfois à s'en inquiéter. C'est oublier que les langues européennes fonctionnent exactement de la même façon : « goodbye » est la contraction de « God be with ye » (attestée sous la forme « godbwye » dès les années 1570, le good- s'installant par analogie avec good day et good evening), et « adieu » confie littéralement l'autre « à Dieu ». Dans tous ces cas, la formule est lexicalisée : l'arabophone qui dit maʿa s-salāma n'énonce pas davantage une profession de foi que le francophone qui dit « adieu ». Traiter la formule en marqueur religieux « suspect » relève donc du contresens — il s'agit d'une formule phatique de clôture, apprise dès l'enfance.
03La mécanique des formules arabes : Ferguson et l'écho de racine
Le linguiste Charles A. Ferguson a décrit la structure de ces routines dans deux travaux classiques : « The Structure and Use of Politeness Formulas » (Language in Society, 5(2), août 1976, pp. 137-151), qui prend une partie de ses exemples de l'arabe syrien, et son étude de 1967 sur les « réponses à écho de racine » (root-echo responses, reprise en 1997 dans Structuralist Studies in Arabic Linguistics) : à une formule contenant la racine s-l-m, la réponse convenable reprend la même racine — d'où « aḷḷa yisallemak » en réponse aux vœux formés sur la racine s-l-m (la paire relevée pour maʿa salāma elle-même étant « aḷḷa maʿak »). Le système est réciproque et quasi grammatical : chaque formule appelle sa réponse conventionnelle. La racine s-l-m (« être sauf, intact ») est commune aux langues sémitiques — l'hébreu shalom en est le cognat — et distingue salāma (« sécurité, bon état ») de salām (« paix »), deux noms voisins que les présentations rapides confondent.
04Incidents documentés : l'arabe perçu comme menace
Aucun incident documenté ne porte sur maʿa s-salāma en particulier ; les incidents réels portent sur la perception de l'arabe et de ses formules pieuses. Le 6 avril 2016, Khairuldeen Makhzoomi, étudiant de UC Berkeley de 26 ans, réfugié irakien, est débarqué du vol Southwest 4260 (Los Angeles-Oakland) après un appel en arabe à son oncle conclu par « in shā' Allāh » : une passagère croit entendre « shahid » (« martyr »), il est fouillé puis interrogé par le FBI, remboursé par la compagnie mais sans recevoir d'excuses. En novembre 2015, à l'aéroport de Chicago Midway, Maher Khalil et Anas Ayyad sont mis à l'écart de l'embarquement parce qu'un passager a pris peur en les entendant parler arabe (« If that person doesn't feel safe, let them take the bus », répond Khalil) ; après vérification par la police, ils embarquent. Ces épisodes documentent le risque interculturel réel : non la formule d'adieu, mais la suspicion envers la langue arabe elle-même.
05Recommandations pratiques
À faire :
- Recevoir la formule comme un simple « au revoir » ; répondre par « aḷḷa ysallmak » (à un homme), « aḷḷa ysallmek » (à une femme), ou par un adieu neutre.
- Retenir la distinction d'actes de langage : « wa ʿalaykum as-salām » répond au salut d'accueil, pas à l'adieu.
- Se rappeler que « goodbye » et « adieu » portent exactement la même théologie fossilisée.
À éviter :
- Manifester suspicion ou malaise face aux formules arabes pieuses (in shā' Allāh, maʿa s-salāma) : elles sont phatiques.
- Répondre « wa ʿalaykum as-salām » à un maʿa s-salāma (contresens de manuel).
- Demander à son interlocuteur de « neutraliser » son langage.
Geografia dell'incomprensione
Neutrale
- saudi-arabia
- egypt
- united-arab-emirates
- lebanon
- syria
- jordan
Incidenti documentati
- 2016 — Le 6 avril 2016, Khairuldeen Makhzoomi, 26 ans, est débarqué du vol Southwest 4260 (Los Angeles-Oakland) après un appel en arabe à son oncle à Bagdad, conclu par « in shā' Allāh » : une passagère croit entendre « shahid » (« martyr »). Fouillé, interrogé par le FBI sur le « martyre », il est remboursé mais ne reçoit pas d'excuses. L'incident illustre la lecture des formules pieuses arabes comme menaces. (The Daily Californian, « UC Berkeley student questioned, refused service after speaking Arabic on flight », avril 2016 ; couverture nationale CNN/NBC Bay Area.)
- 2015 — En novembre 2015, Maher Khalil et Anas Ayyad sont mis à l'écart de l'embarquement d'un vol Chicago-Philadelphie parce qu'un passager a pris peur en les entendant parler arabe. « If that person doesn't feel safe, let them take the bus », répond Khalil, qui appelle lui-même la police ; après vérification, les deux hommes embarquent. Le jour précis n'est pas asserté par les sources consultées (« Wednesday night »). (The Guardian, « Southwest Airlines criticized after incidents involving Middle Eastern passengers », 21-11-2015, repris par CAIR-Chicago (23-11-2015).)
Raccomandazioni pratiche
Per fare
- Recevez la formule comme un simple « au revoir » ; répondez par « aḷḷa ysallmak » (à un homme), « aḷḷa ysallmek » (à une femme), ou par un adieu neutre.
- Retenez la distinction : « wa ʿalaykum as-salām » répond au salut d'accueil (as-salāmu ʿalaykum), pas à l'adieu.
- Rappelez-vous que « goodbye » et « adieu » ont la même origine théologique fossilisée.
Cosa evitare
- Ne manifestez ni suspicion ni malaise face aux formules arabes pieuses (in shā' Allāh, maʿa s-salāma) : elles sont phatiques.
- Ne répondez pas « wa ʿalaykum as-salām » à un maʿa s-salāma (contresens de manuel).
- Ne demandez pas à votre interlocuteur de « neutraliser » son langage.
Alternative neutre
- « Fī amān Allāh » (« sous la protection de Dieu ») — adieu plus formel et explicitement religieux.
- « Bi-khāṭrak » (levantin, dit par la personne qui part — maʿa s-salāma est alors la réponse).
- « Yallā bye » (familier, Levant contemporain).