01Le geste et sa signification attendue
Wasta (واسطة, littéralement « intermédiaire » ou « moyen ») désigne le système d'accès aux ressources au Moyen-Orient fondé sur l'intermédiation par des relations personnelles établies. Cunningham et Sarayrah (1993) montrent que wasta fonctionne via trois canaux : les connexions familiales, les amitiés politiques ou professionnelles de longue date, et les intermédiaires commerciaux crédibles auprès des décideurs. Obtenir un contrat gouvernemental, une licence ou un partenariat sans wasta reste très difficile dans la région. Peterson (2011), anthropologue à l'université de Miami, souligne qu'il est réducteur de traiter wasta comme un simple synonyme de corruption : le phénomène relève d'abord d'une économie de la réciprocité familiale, où l'obligation de rendre service circule dans les deux sens, et où refuser d'y recourir envers sa propre famille serait perçu localement comme une faute morale, non comme une vertu.
02Où ça dérape : géographie du malentendu
Les Occidentaux interprètent souvent wasta comme du favoritisme injuste, équivalent au népotisme. Les appels d'offres gouvernementaux « ouverts » devraient, pensent-ils, être seuls garants d'équité. Les Allemands refusent d'y recourir, la jugeant contraire à leur exigence de transparence (Sachlichkeit). Les Français, de culture égalitariste, trouvent le système offensant. Or, dans la région, wasta n'est généralement pas perçue comme immorale mais comme une nécessité pragmatique face à des systèmes légaux faibles ou lents : elle reste un mécanisme central de confiance et de stabilité relationnelle. Mohamed et Mohamad (2011, Cross Cultural Management) montrent toutefois, sur 421 étudiants égyptiens en gestion, que le recours au wasta pour obtenir un emploi dégrade la perception de compétence et de moralité de la personne recrutée — signe que le jugement porté sur wasta n'est pas monolithique, y compris localement.
03Genèse historique
Wasta trouve ses racines dans le système tribal arabe pré-islamique, où les affaires passaient par les chefs de clan et les patriarches. L'islam formalise ensuite certaines obligations réciproques entre riches et pauvres à travers la zakat (aumône obligatoire) et le waqf, une fondation pieuse perpétuelle : un bien dont la propriété est gelée au profit d'une œuvre charitable ou religieuse désignée et dont seuls les revenus sont redistribués — un mécanisme d'obligation communautaire durable, non un rituel funéraire. Le rapport de la région à la colonisation européenne est hétérogène : le Liban et la Jordanie furent administrés comme mandats de la Société des Nations (respectivement français et britannique), l'Égypte connut une occupation militaire britannique dès 1882 puis un protectorat formel à partir de 1914, les Émirats, le Qatar, le Bahreïn et le Koweït furent liés au Royaume-Uni par des traités de protection jusqu'en 1961-1971 — mais l'Arabie saoudite suit une trajectoire distincte : le traité de Darin (1915) plaçait le seul territoire du Nejd-Hasa sous protectorat britannique, statut supplanté dès 1927 par le traité de Djeddah, qui reconnaît la pleine souveraineté d'Ibn Saoud cinq ans avant la proclamation du royaume unifié en 1932 — sans qu'aucune administration ou colonisation directe européenne n'ait jamais eu lieu sur le sol saoudien. Dans l'ensemble de ces trajectoires distinctes, une administration publique jugée peu transparente a laissé perdurer le rôle du wasta comme mécanisme d'arbitrage informel. Aujourd'hui, même les gouvernements les plus engagés dans la transparence administrative (EAU, Bahreïn, Arabie saoudite depuis le lancement de Vision 2030 en 2016) continuent de fonctionner via un wasta implicite aux niveaux décisionnels.
04Incidents documentés
Peterson, anthropologue à l'université de Miami, documente dans un cas d'école largement diffusé en enseignement des relations interculturelles la situation d'un cadre égypto-américain (pseudonyme « Girgis » dans son ouvrage Connected in Cairo, Indiana University Press, 2011) recruté par une multinationale précisément pour éradiquer le « népotisme » dans sa filiale égyptienne. Girgis nomme pourtant rapidement un cousin à un poste clé sans recrutement ouvert, expliquant à sa hiérarchie : « Aux États-Unis, ce serait de la corruption. Ici, c'est du wasta. » Son père avait hypothéqué les terres familiales pour financer ses études, créant une dette d'honneur envers l'ensemble de la famille élargie qu'il ne pouvait raisonnablement refuser d'honorer. Le cas illustre la difficulté, pour une entreprise étrangère, à appliquer uniformément une politique anti-népotisme dans un contexte où wasta répond à une logique économique et morale locale cohérente, distincte de la corruption individuelle opportuniste.
05Recommandations pratiques
Avant d'entrer sur un marché moyen-oriental, identifier un intermédiaire local crédible auprès des décideurs gouvernementaux et des banquiers régionaux, et valider ses relations de façon indépendante. Investir dans des partenariats de long terme (3 à 5 ans au minimum). Participer aux événements sociaux et repas d'affaires informels. Ne jamais qualifier unilatéralement une pratique de wasta de « corruption » sans comprendre l'obligation familiale ou communautaire sous-jacente — tout en gardant une vigilance réelle sur les cas où wasta sert à contourner une compétence réellement nécessaire au poste. Après signature, entretenir la relation par des visites régulières et des marques de reconnaissance publique du rôle de l'intermédiaire.
誤解の地理
攻撃的
- saudi-arabia
- uae
- qatar
- kuwait
- bahrain
- oman
- lebanon
- jordan
- egypt
文書化されたインシデント
- 2014 — Cas documenté par l'anthropologue Mark Allen Peterson (Connected in Cairo, Indiana University Press, 2011) : un cadre égypto-américain, recruté par une multinationale précisément pour éliminer le népotisme dans sa filiale égyptienne, nomme pourtant un cousin à un poste clé sans recrutement ouvert, invoquant une dette d'honneur familiale — « aux États-Unis, ce serait de la corruption ; ici, c'est du wasta ». (Peterson, M.A. Connected in Cairo: Growing Up Cosmopolitan in the Modern Middle East. Indiana University Press, 2011 ; cf. aussi Mohamed, A.A. & Mohamad, M.S. (2011), Cross Cultural Management, 18(4), 412-425.)