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Codex MundiNegócios e protocoloPhotographier des collègues sans consentement
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Photographier des collègues sans consentement

RGPD : l'image d'un salarié identifiable est une donnée personnelle, et le consentement au travail est la base légale la plus fragile. En France, la Cour de cassation répare l'atteinte au droit à l'image sans preuve d'un préjudice (Cass. soc., 19 janvier 2022).

✓ Direção do alvoImmortaliser un moment d'équipe et alimenter la communication interne ou les réseaux : dans beaucoup d'entreprises, notamment américaines, le selfie d'équipe posté est un réflexe banal et bienveillant.
⚠ Significado interpretadoDans l'UE, l'image d'une personne identifiable est une donnée personnelle : la diffuser sans base légale expose l'employeur à des sanctions, et en France le droit à l'image (art. 9 du Code civil) s'y ajoute. Le geste anodin devient un traitement illicite.

01La pratique et le cadre juridique

Photographier ses collègues — pot de départ, séminaire, selfie d'équipe — est un geste devenu réflexe. Dans l'Union européenne, ce réflexe rencontre un cadre juridique précis : dès lors qu'une personne est identifiable, sa photographie est une donnée personnelle au sens de l'article 4, paragraphe 1, du RGPD, et la capter, la conserver ou la diffuser constitue un traitement qui exige une base légale (article 6). Contrairement à une idée répandue, la photo n'est pas pour autant une donnée « sensible » par défaut : le considérant 51 du règlement précise qu'elle ne relève des données biométriques que si elle est traitée par des moyens techniques spécifiques permettant l'identification unique — la reconnaissance faciale, pas l'album du séminaire. En France s'ajoute un régime distinct et plus ancien, le droit à l'image, rattaché à l'article 9 du Code civil : selon la formule de la CNIL, « toute personne a sur son image un droit exclusif et absolu et peut s'opposer à son utilisation » ; l'employeur qui veut faire figurer la photographie d'un salarié dans un annuaire, sur un site ou sur les réseaux sociaux doit recueillir son autorisation, exprimée clairement — la CNIL recommande l'écrit, qui fixe aussi l'étendue des usages consentis.

02Où ça dérape : le piège du consentement au travail

Le malentendu le plus fréquent n'oppose pas seulement les continents, il vit à l'intérieur même du droit européen : croire qu'un « oui » lancé devant le photographe règle la question. Au travail, le consentement est précisément la base légale la plus fragile. Le groupe de l'article 29 (avis 2/2017 sur le traitement des données au travail, adopté le 8 juin 2017) considère que le salarié n'est presque jamais en mesure de donner, refuser ou révoquer librement son consentement, du fait de sa dépendance à l'employeur ; le Comité européen de la protection des données (lignes directrices 05/2020 sur le consentement, 4 mai 2020) juge « problématique » de fonder sur le consentement le traitement des données de salariés, sauf si le refus est réellement sans conséquence. D'où les exigences pratiques : autorisation libre, documentée, révocable, et spécifique — accepter l'intranet n'est pas accepter LinkedIn. Côté américain, le contraste est net : aucune loi fédérale n'interdit à un employeur d'utiliser la photo de ses salariés ; la protection est éclatée entre politiques internes et « right of publicity » des États, qui vise l'exploitation commerciale de l'image. Même la loi biométrique la plus stricte, le BIPA de l'Illinois (740 ILCS 14), exclut expressément les photographies de sa définition — tout en couvrant le gabarit facial qui en serait extrait, parallèle presque mot pour mot du considérant 51 européen. Le cadre américain qui poste le selfie d'équipe sans y penser et le collègue européen qui y voit un traitement illicite sont chacun cohérents avec leur droit.

03Genèse historique

La protection française de l'image naît avant la photographie de bureau : le 16 juin 1858, le tribunal civil de la Seine interdit la publication du portrait de la tragédienne Rachel dessinée sur son lit de mort, jugeant que « nul ne peut, sans le consentement formel de la famille, reproduire ou livrer à la publicité les traits d'une personne sur son lit de mort, quelle qu'ait été la célébrité de cette personne » — première décision protégeant l'image d'une personne, un siècle et demi avant les réseaux sociaux. La jurisprudence rattachera ensuite le droit à l'image à l'article 9 du Code civil et au droit au respect de la vie privée. L'Europe des données emprunte l'autre voie : directive 95/46 puis RGPD (applicable le 25 mai 2018), qui saisit l'image non comme attribut de la personnalité mais comme donnée personnelle traitée — deux logiques qui, en France, se cumulent. La doctrine des régulateurs sur le consentement au travail (avis 2/2017, lignes directrices 05/2020) a fait le reste : au bureau, l'image des collègues n'est plus une affaire de politesse mais de conformité.

04Cas documentés

Par un arrêt du 19 janvier 2022 (n° 20-12.420 et autres), la chambre sociale de la Cour de cassation, au visa de l'article 9 du Code civil, juge que « le droit dont la personne dispose sur son image porte sur sa captation, sa conservation, sa reproduction et son utilisation » et que « la seule constatation d'une atteinte ouvre droit à réparation » : des salariés dont la photo d'équipe était restée sur le site de l'employeur malgré une demande de retrait n'ont pas à prouver un préjudice. En Espagne, l'autorité de protection des données (AEPD) a sanctionné de 9 000 euros d'amende une entreprise qui avait publié les images d'une salariée sur son site et ses réseaux sociaux sans pouvoir prouver son consentement, et ignoré deux demandes d'effacement (procédure PS/00119/2021). Et dès le 21 août 2019, la première amende RGPD de Suède visait l'image et la dépendance : 200 000 couronnes contre la commission scolaire de Skellefteå pour un essai de reconnaissance faciale sur 22 élèves — le consentement recueilli a été jugé invalide parce que les intéressés étaient en situation de dépendance vis-à-vis de l'institution, raisonnement que les régulateurs appliquent tel quel à la relation de travail.

05Recommandations pratiques

Employeur européen : choisir la base légale en connaissance de cause, recueillir une autorisation écrite distincte par usage (intranet, site public, réseaux sociaux, presse), la conserver, et retirer l'image à la première demande — c'est le maintien après demande de retrait que la Cour de cassation sanctionne sans exiger de preuve d'un préjudice. Collègue photographe : demander avant de capter, demander à nouveau avant de publier, et accepter un refus sans le commenter — le refus n'a pas à être justifié. Salarié : le refus est un droit ; pour un retrait, une demande écrite datée suffit à constituer la preuve. Visiteur ou manager non européen : ne pas transposer le réflexe du selfie d'équipe posté — dans l'UE, la question « qui est identifiable et qui a accepté quoi ? » se pose avant publication, et en France le droit à l'image s'ajoute au RGPD. Dans le doute, se rappeler que la captation elle-même est déjà un traitement — et que la diffusion sans autorisation est ce qui expose le plus.

Geografia do mal-entendido

Ofensivo

  • france
  • germany
  • spain
  • italy
  • belgium
  • netherlands
  • sweden
  • denmark
  • eu-members

Neutro

  • usa
  • canada

Incidentes documentados

Recomendações práticas

Para fazer

  • Recueillir une autorisation écrite distincte par usage (intranet, site public, réseaux sociaux) avant toute diffusion
  • Retirer l'image à la première demande : c'est le maintien qui est sanctionné, sans preuve de préjudice requise
  • Demander avant de capter, redemander avant de publier — et accepter un refus sans le commenter
  • Vérifier la politique photo de l'entreprise hôte avant de dégainer le téléphone en séminaire

O que evitar

  • Ne pas fonder la diffusion sur un « oui » informel lancé devant le groupe : au travail, le consentement doit être libre, documenté, révocable et spécifique
  • Ne pas poster le selfie d'équipe sur LinkedIn sans l'accord de chaque personne identifiable
  • Ne pas considérer la photo comme une donnée « sensible » par défaut — mais ne pas la brancher sur de la reconnaissance faciale sans mesure spécifique (là, elle devient biométrique)
  • Ne pas exiger de justification pour un refus : le droit de s'opposer n'a pas à être motivé

Alternativas neutras

Fontes · 8

ReferênciaRèglement (UE) 2016/679 (RGPD), art. 4(1), art. 6, art. 9 et considérant 51 (les photographies ne sont des données biométriques que si elles sont traitées par des moyens techniques spécifiques). —
ReferênciaGroupe de l'article 29, Opinion 2/2017 on data processing at work (WP249), adoptée le 8 juin 2017 ; EDPB, Guidelines 05/2020 on consent under Regulation 2016/679, version 1.1, 4 mai 2020 (déséquilibre de pouvoir dans la relation de travail). —
ReferênciaCNIL, « Puis-je refuser que ma photographie figure dans l'annuaire du personnel ? » (CNIL Direct) : autorisation claire du salarié requise, écrit recommandé. —
ReferênciaCass. soc., 19 janvier 2022, n° 20-12.420 et autres (Légifrance) : la seule constatation de l'atteinte au droit à l'image ouvre droit à réparation. —
ReferênciaAEPD (Espagne), procédure PS/00119/2021 (Educando Juntos SL) : 9 000 EUR pour publication d'images d'une salariée sans consentement démontré et défaut d'effacement ; recours rejeté le 15 mars 2022. —
ReferênciaEDPB, « Facial recognition in school renders Sweden's first GDPR fine » (Skellefteå, 200 000 SEK, annoncée le 21 août 2019). —
ReferênciaAssociation of Corporate Counsel, « Using Employees Photos (USA) » ; SHRM (pas de loi fédérale générale ; right of publicity étatique) ; Illinois Biometric Information Privacy Act, 740 ILCS 14 (les photographies sont exclues de la définition des identifiants biométriques). —
ImprensaRetroNews (BnF), « Le scandale du portrait de Rachel sur son lit de mort », 2018 ; Bruguière, J.-M., « Retour sur le jugement Rachel du tribunal civil de la Seine de 1858 », Publications de l'École française de Rome. —