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Codex Mundi Atlas savant des sens qui se perdent en franchissant les frontières
Codex MundiCompter avec les mainsCompter à partir de l'auriculaire (Iran, Moyen-Orient)
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Compter à partir de l'auriculaire (Iran, Moyen-Orient)

En Iran, on tend à compter en partant du petit doigt de la main droite vers le pouce : l'image miroir de l'Occident, qui part du pouce de la main gauche.

✓ Sens viséProjeter les nombres de 1 à 10 sur les doigts en commençant par l'auriculaire de la main droite et en progressant vers le pouce.
⚠ Sens interprétéUn observateur occidental, dont le comptage part du pouce de la main gauche, lit à l'envers la séquence des doigts et peut se tromper de nombre, ou tient le choix de la main droite pour arbitraire.
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Deux mains comptant en miroir : à gauche une main qui déplie les doigts depuis le pouce (convention occidentale), à droite une main qui commence par l'auriculaire (convention iranienne) — le même nombre, des doigts différents.

Un comptage qui part du petit doigt

En Iran, et plus largement dans les aires culturelles qui écrivent de droite à gauche, compter sur les doigts ne commence pas là où l'Européen s'y attend. Là où l'Occidental part du pouce (ou de l'index) de la main gauche et associe le nombre 1 à ce premier doigt, une majorité d'Iraniens partent de l'auriculaire — le petit doigt — de la main droite, et progressent vers le pouce. Le résultat est une image miroir : deux personnes qui comptent « 1, 2, 3 » engagent des doigts différents, sur des mains différentes, dans des directions opposées.

Il ne s'agit pas d'un code secret ni d'une règle enseignée, mais d'une habitude motrice acquise, statistiquement dominante dans chaque aire, dont les deux camps sont le plus souvent inconscients.

L'enquête Lindemann (2011)

Cette divergence a été documentée empiriquement par Oliver Lindemann, Abootaleb Alipour et Martin Fischer dans une enquête en ligne publiée en 2011, portant sur environ 900 participants iraniens et occidentaux (européens et américains) invités à décrire comment ils projettent les nombres 1 à 10 sur leurs doigts. Les auteurs rapportent que « la plupart des Occidentaux commençaient à compter avec la main gauche et associaient le nombre 1 à leur pouce, tandis que la plupart des répondants du Moyen-Orient préféraient commencer avec la main droite et associer le nombre 1 à leur auriculaire ». Leur interprétation : la direction du comptage suit la direction de lecture de la culture. Il faut toutefois noter que l'échantillon « moyen-oriental » était spécifiquement iranien, et que la généralisation à l'ensemble du monde à écriture droite-gauche reste une extrapolation.

Nature ou culture ?

Attribuer ce renversement à la seule direction de lecture serait trop simple. La revue de Previtali, Rinaldi et Girelli, parue la même année, rappelle que la latéralité — être droitier ou gaucher — est un déterminant au moins aussi fort : dans les données qu'elle rassemble, 83 % des gauchers commencent à gauche et 86 % des droitiers commencent à droite. La direction du comptage digital naît donc d'un jeu entre facteurs culturels (le sens de lecture) et biologiques (la main dominante), sans qu'aucun ne l'explique seul. Le comptage sur les doigts est presque universel et attesté depuis la préhistoire, mais sa forme précise varie fortement d'une culture à l'autre : il n'existe pas de correspondance naturelle et unique entre un doigt et un nombre.

Compter n'est pas montrer

Une distinction souvent oubliée éclaire le risque de malentendu. Les psychologues Andrea Bender et Sieghard Beller séparent le fait de compter pour soi (énumérer, garder le fil d'un décompte) du fait de montrer un nombre à autrui — le montring. Les deux routines peuvent diverger chez une même personne. C'est en montrant un nombre que le doigt de départ devient interpersonnel : si le comptage part de l'auriculaire, le premier doigt engagé n'est pas celui qu'un Occidental associe à « 1 », d'où un décalage de lecture possible. L'étude de Cipora, Gashaj et leurs collègues sur les Tsimane' d'Amazonie (2023) confirme que ces routines ne sont ni figées ni universelles : elles varient au sein d'un même groupe et dépendent notamment du niveau de scolarisation.

En pratique

Le malentendu reste bénin — on n'offense personne en comptant à l'envers — mais il peut fausser un décompte rapide : un prix, une quantité, un numéro montré du doigt. La parade est la même que partout : verbaliser le nombre, l'écrire, ou le confirmer sur un écran ou une calculatrice plutôt que de se fier à la seule configuration des doigts. Surtout, il faut renoncer à l'idée qu'une main levée « dit » naturellement le même nombre pour tous : la carte qui relie les doigts aux nombres est apprise, et elle change de sens en passant une frontière.

Géographie du malentendu

Neutre

  • iran

Non documenté

  • western-europe
  • united-states

Origine historique

Le comptage digital est presque universel et attesté depuis la préhistoire, mais sa direction varie : l'enquête en ligne de Lindemann, Alipour et Fischer (2011, environ 900 sujets) a montré qu'une majorité d'Iraniens partent de l'auriculaire de la main droite, à rebours de l'Occidental qui part du pouce de la main gauche. Nature ou culture (direction de lecture contre latéralité) reste débattu.

Recommandations pratiques

À faire

  • Verbaliser ou écrire le nombre plutôt que de le déduire de la seule configuration des doigts, surtout pour un décompte rapide (prix, quantité).
  • Se rappeler qu'un même nombre n'engage pas les mêmes doigts selon les cultures : la carte doigt-nombre est apprise, pas naturelle.

À éviter

  • Ne pas tenir pour une erreur le fait qu'un Iranien commence par le petit doigt de la main droite : c'est une habitude régionale, pas une maladresse.
  • Ne pas surgénéraliser : l'enquête de référence portait sur des Iraniens, et la latéralité (droitier ou gaucher) pèse autant que la direction de lecture.

Alternatives neutres

Sources · 4

AcadémiqueLindemann, O., Alipour, A., & Fischer, M. H. (2011). Finger counting habits in Middle Eastern and Western individuals: An online survey. Journal of Cross-Cultural Psychology, 42(4), 566-578. —
AcadémiquePrevitali, P., Rinaldi, L., & Girelli, L. (2011). Nature or nurture in finger counting: A review on the determinants of the direction of number-finger mapping. Frontiers in Psychology, 2, 363. —
AcadémiqueBender, A., & Beller, S. (2012). Nature and culture of finger counting: Diversity and representational effects of an embodied cognitive tool. Cognition, 124(2), 156-182. —
AcadémiqueCipora, K., Gashaj, V., Gridley, A. S., Soltanlou, M., & Nuerk, H.-C. (2023). Cultural similarities and specificities of finger counting and montring: Evidence from Amazon Tsimane' people. Acta Psychologica, 239, 104009. —