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Codex MundiSaudaçõesLa langue sortie : salut tibétain
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La langue sortie : salut tibétain

Tirer brièvement la langue : marque tibétaine de respect et de déférence (attestée dès 1846), lue à tort en Occident comme une moquerie.

✓ Direção do alvoMarque de respect, de déférence et de bonne volonté — historiquement un salut d'inférieur à supérieur (chapeau ôté, langue tirée, main à l'oreille) ; aujourd'hui geste bref des aînés, signe d'accord ou de bienvenue.
⚠ Significado interpretadoL'Occidental y lit une moquerie ou une insolence (code inverse : la langue tirée espiègle, façon Einstein 1951) et peut se croire insulté par ce qui est un hommage.

01Le geste et sa signification attendue

Au Tibet, tirer brièvement la langue est une marque traditionnelle de respect et de bonne volonté — souvent accompagnée, dans sa forme ancienne, d'un chapeau ôté et d'une main portée à l'oreille ou à la tête. Le missionnaire Évariste Huc, qui l'observe en 1846, le décrit ainsi : « Dans le Thibet, quand on veut saluer quelqu'un, on se découvre la tête, on tire la langue, et on se gratte l'oreille droite ; ces trois opérations se font en même temps. » Les témoins anciens s'accordent sur un point important, que la première version de cette fiche gommait : le geste est d'abord déférentiel et asymétrique — l'explorateur William W. Rockhill note, lors de son voyage de 1891-1892, que « les classes inférieures, pour saluer leurs supérieurs, plient très bas le genou... en tirant la langue », et L. A. Waddell, médecin de l'expédition britannique de 1903-1904, y voit un exemple d'« abandon de soi de celui qui salue à celui qu'il salue ». Aujourd'hui, le geste survit surtout chez les aînés, bref et discret, comme signe de respect, d'accord ou de bienvenue — le salut verbal standard étant « tashi delek ».

02Où ça dérape : le malentendu occidental

En Occident, tirer la langue est un geste de moquerie ou d'irrévérence — la photographie d'Albert Einstein tirant la langue au photographe Arthur Sasse le jour de ses 72 ans (14 mars 1951), est devenue l'icône mondiale de l'espièglerie précisément sur ce code. Le visiteur occidental qui reçoit le salut tibétain peut donc croire qu'on se moque de lui ; à l'inverse, un Tibétain âgé qui honore un hôte de ce geste peut être dévisagé ou moqué. Le malentendu a connu une médiatisation planétaire en avril 2023 : lorsqu'une vidéo du Dalaï-lama embrassant un garçon et lui disant de « sucer sa langue » (février 2023, Dharamsala) a provoqué un tollé et des excuses officielles, la plupart des rédactions mondiales ont dû expliquer que tirer la langue est au Tibet un signe traditionnel de respect — tout en relevant, comme les voix tibétaines elles-mêmes, que l'acte reproché ne relevait pas de ce salut (il évoque plutôt « che le sa », une taquinerie grand-parentale distincte).

03Genèse : une légende étiologique, pas un texte canonique

L'explication la plus répandue est une légende étiologique : montrer sa langue prouverait qu'on n'est pas la réincarnation du roi Langdarma, persécuteur du bouddhisme au IXe siècle, que la tradition dote d'une langue noire — et de cornes, ce qui explique le geste complet rapporté par l'historien tibétain Shakabpa (cité par le tibétologue Sam van Schaik) : se gratter la tête (pas de cornes) et tirer la langue (pas noire) devant les personnages de haut rang. L'histoire réelle est plus incertaine : le roi (de son nom propre U Dum Tsen, règne vers 841-842, chronologie débattue) a-t-il vraiment persécuté le bouddhisme ? Des tibétologues en doutent. Une variante de la croyance — la langue noircie par la récitation de mantras noirs — s'ancre, elle, dans un épisode daté et inversé : pendant l'occupation dzoungare (1717-1720), les visiteurs des officiels étaient forcés de tirer la langue, l'inspection servant à identifier les nyingmapa et bönpo à persécuter ; le voyageur Theos Bernard atteste encore la croyance en 1939. La première version de cette fiche prétendait la tradition « documentée dans le Kanjur et le Tengyur, VIIe-Xe siècles » : c'est une fabrication — ces canons ont connu leur compilation au XIVe siècle (Butön, 1290-1364) et aucun texte canonique ne documente ce salut. La plus ancienne attestation confirmée au texte reste le récit de Huc (observation de 1846, publication 1850).

04Attestations et incidents documentés

Les sources primaires s'échelonnent sur un siècle : Huc à Lhassa en 1846 (« Les Thibétains nous tiraient la langue, en se grattant l'oreille, et les Chinois nous faisaient les courbettes les plus sentimentales » ; un négociateur tibétain conclut son ultimatum en « tirant la langue et se grattant l'oreille ») ; Rockhill en 1891-1892 (salut des inférieurs aux supérieurs) ; Sarat Chandra Das en 1879-1882 (« force salams et langues tirées à la mode tibétaine ») ; Waddell pendant l'expédition de 1903-1904 (le chef de village qui salue « langue tirée » en offrant l'écharpe khatag — mais aussi les blessés tibétains « se prosternant langue tirée », rappel que le geste est un code de soumission autant que de politesse). En avril 2023, l'incident du Dalaï-lama (événement du 28 février 2023, excuses le 10 avril) fait de ce salut un sujet d'explication mondiale : Radio Free Asia rappelle qu'« au Tibet, tirer la langue est parfois utilisé comme salutation traditionnelle, signe de respect ou d'accord ».

05Recommandations pratiques

Si un Tibétain âgé vous tire brièvement la langue, recevez le geste comme l'hommage qu'il est : souriez, inclinez légèrement la tête, répondez « tashi delek ». Ne riez pas et ne photographiez pas la personne comme une curiosité. N'essayez pas nécessairement de rendre le geste — venant d'un étranger, il peut sembler parodique ; le salut verbal accompagné d'une légère inclinaison suffit. Et gardez la nuance historique en tête : ce geste est un code de déférence né dans un monde hiérarchique, pas un « bonjour » symétrique — le recevoir est un honneur, l'exiger n'aurait aucun sens.

Geografia do mal-entendido

Neutro

  • china-tibetan-autonomous-region

Não documentado

  • nepal
  • bhutan
  • india-sikkim
  • india-ladakh

Incidentes documentados

Recomendações práticas

Para fazer

  • Recevoir le geste avec un sourire et une légère inclinaison de tête — c'est une marque de respect.
  • Répondre par le salut verbal « tashi delek », valeur sûre avec tous les interlocuteurs tibétains.
  • Se souvenir que le geste vient surtout des aînés et des contextes traditionnels.

O que evitar

  • Ne pas rire ni interpréter le geste comme une moquerie.
  • Ne pas photographier la personne comme une curiosité exotique.
  • Ne pas forcer l'imitation du geste : venant d'un étranger, il peut sembler parodique — le salut verbal suffit.

Alternativas neutras

Fontes · 13

PrimáriaHuc, É. & Gabet, J., Travels in Tartary, Thibet and China 1844-1846, vol. II (trad. de Souvenirs d'un voyage..., 1850 ; éd. Broadway Travellers, 1928) : « In Thibet, when you desire to salute anyone, you take off your hat, put out your tongue, and scratch the right ear, all three operations being performed simultaneously » ; « The Thibetians put out their tongues and scratched their ears at us ». —
PrimáriaHuc, É., Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine, vol. 2 (texte original français, Wikisource) : « Dans le Thibet, quand on veut saluer quelqu'un, on se découvre la tête, on tire la langue, et on se gratte l'oreille droite ; ces trois opérations se font en même temps. » —
PrimáriaRockhill, W. W., Diary of a Journey through Mongolia and Tibet in 1891 and 1892, Smithsonian Institution, 1894 : « The lower classes here, when saluting superiors, are in the habit of bending the knee very low... at the same time sticking out the tongue. » —
PrimáriaDas, S. C., Journey to Lhasa and Central Tibet, John Murray, 1902 (voyages 1879 et 1881-82) : « after numerous salams and lollings of the tongue after the Tibetan fashion ». —
PrimáriaWaddell, L. A., Lhasa and Its Mysteries, 1905 (expédition 1903-04) : « The different modes of salutation were curiously varied... The Tibetan doffs his cap with his right hand... and making a bow pushes forward his left ear and puts out his tongue » — lu comme « self-surrender of the person saluting » (référence à Herbert Spencer). —
Referênciavan Schaik, S., « The Decline of Buddhism I: Was Lang Darma a Buddhist? », earlytibet.com, 28 février 2008 : la légende des cornes et de la langue noire de Langdarma expliquant le salut (tête grattée + langue tirée devant les personnages de haut rang), d'après Shakabpa ; débat historiographique sur la réalité de la persécution. —
AcadêmicaShakabpa, T. W. D., Tibet: A Political History, Yale University Press, 1967 — récit des cornes et de la langue noire de Langdarma, tel que cité par van Schaik (ouvrage non consulté directement).
Referência« Langdarma », Wikipedia (en) : « Langdarma was said to have had "a black tongue" » ; le geste tibétain actuel — « briefly sticking out their tongues » — interprété comme accord et respect ; règne 841-842 (ou 846), chronologie débattue ; nom propre Darma U Dum Tsen. —
Referência« 7th Dalai Lama », Wikipedia (en) : sous l'occupation dzoungare, « Tibetans visiting Dzungar officials were forced to stick their tongues out so the Dzungars could tell if the person recited constant mantras (which was said to make the tongue black or brown) » (réf. Norbu, « Bon and Bonpos », p. 8). —
ImprensaRadio Free Asia, « Dalai Lama apologizes for asking boy to 'suck my tongue' », 10 avril 2023 : excuses officielles ; « In Tibetan culture sticking out one's tongue is sometimes used as a traditional greeting, and can be seen as a sign of respect or agreement ». —
ImprensaPundir, P., « Tibetans Explain What 'Suck My Tongue' Means », Vice, 14 avril 2023 : la taquinerie grand-parentale « che le sa » (« mange ma langue »), distincte du salut ; voix tibétaines reliant la langue tirée à la légende de Langdarma. —
Referência« Tibetan Buddhist canon », Wikipedia (en) : « The Tibetan Canon underwent another compilation in the 14th century by Buton Rinchen Drub (1290-1364) » — réfute la « documentation canonique VIIe-Xe siècles » alléguée par la première version de cette fiche. —
ReferênciaRare Historical Photos, « Albert Einstein sticking out his tongue, 1951 » : 14 mars 1951, 72e anniversaire, photographe Arthur Sasse ; Einstein commanda des tirages pour ses amis (agence du photographe non assertée — notices divergentes). —